Le Rêveur et la peine

La RealiSim, c'est en somme le visage moderne du divertissement pascalien, le dernier artifice qu'a imaginé le siècle pour nous faire oublier notre condition. Si l'on estime peu raisonnable de passer tout le jour dans un univers qui n'existe pas, c'est que l'on ne connaît guère la nature humaine, dirait aujourd'hui le philosophe. Les métavers ne nous garantissent pas de la mort et de la misère, ils nous dispensent d'avoir à y penser, l'espace de quelques heures. En cela, ils fournissent à une poignée de firmes transnationales leur légitime raison d'être : nous vendre du rien.
Frédéric Delmeulle - In Cloud We Trust
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jeudi 15 novembre

Contenu

Roman - Noir

Le Rêveur et la peine

Historique - Disparition - Assassinat MAJ jeudi 24 mai 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Eva-Marie Liffner
Drommaren och sorgen - 2006
Traduit du suédois par Marie Ollivier-Caudray, Esther Sermage
Paris : Rivages, avril 2012
254 p. ; 24 x 16 cm
ISBN 978-2-7436-2336-4
Coll. "Thriller"

Exister ou ne pas exister

Lorsque l'on demandait à Robin Cook comment il qualifiait ses romans, il parlait de roman de deuil. Il évoquait la douleur, l'éventuelle compassion et rédemption avant de mettre en avant les aspects proprement policiers. C'est aussi cet aspect-là qui est mis en avant chez Eva-Marie Liffner, jeune auteur suédoise.
Une scène permet de résumer le rapport lointain mais très fort au genre policier. À un moment, les protagonistes du roman voient derrière une vitre un enfant qui les regarde et disparaît aussitôt. L'on s'aperçoit que ce garçon n'est qu'un fantôme. A-t-il un rapport avec une poupée emballée dans un carton et retrouvée lors de travaux de réfection d'une église ?
Hamlet a beau être une pièce anglaise, William Shakespeare situe son action sur les côtes nordiques. Ce lien entre les brumes anglo-saxonnes, ses châteaux en ruines et ses fantômes, et les rivages nordiques tout aussi désolés et empreints de mélancolie sombre se tisse avec soin dans ce roman tout en nuances qu'est Le Rêveur et la peine.
Pas de coup de feu, pas de violence urbaine. Juste les souvenirs d'un architecte qui doit, pour une famille anglaise, construire un château. Au fil de sa mission, des légendes sur la famille Stuart, des enfants noyés, des trésors découverts ressurgissent.
Au cœur du livre, se trouve une image très forte lorsque l'on découvre un cadavre momifié et qu'en essayant de le regarder de plus près, les produits qui aident la momification s'enflamment transformant le corps en un amas de cendres. Sûrement un rappel inconscient des fresques de Rome qui s'effacent sous les yeux des caméras dans Roma de Federico Fellini, symbole très fort de ce temps qui passe, et dont même les vestiges s'évanouissent.
Des vestiges qui ne restent que grâce aux légendes, aux écrits, aux souvenirs, aux trésors cachés au fond des caves et des cœurs, bref ces morts qui n'obtiennent un souvenir que grâce aux policiers qui veulent leur rendre justice (comme ceux de Robin Cook, au risque de s'y brûler) ou aux écrivains qui les cachent au fond de leur livre pour les rendre intemporels.

Citation

Quelque part sous la surface gisait Rizzio, le malheureux secrétaire de Marie Stuart, accompagné, selon toute probabilité, d'une demi-douzaine d'autres personnes, assassins et victimes confondus.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 23 mai 2012
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