La Paix plus que la vérité

Au fond, les égouts, c'est une question de logistique, Frank [...] Il y a deux mille deux cents kilomètres de canalisations dans cette ville. C'est l'équivalent de la Norvège dans toute sa longueur.
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Roman - Noir

La Paix plus que la vérité

Historique - Vengeance MAJ samedi 09 février 2013

Espagne, toujours

L'actualité est hélas toujours à nous rappeler qu'à la fin d'une dictature ou d'une guerre civile, il faut concilier deux oppositions assez conséquentes avec à la fois la nécessaire justice à rendre aux anciennes victimes et le besoin de reconstruire un État stable. La complication arrive quand l'on se rend compte que les personnes ayant les bons réseaux et compétences pour gérer les affaires publiques sont à chercher parmi ceux que l'on doit juger. Ça a déjà été le cas pour l'Espagne franquiste. Après la passation du pouvoir au Roi, le Caudillo a instauré une paix civile fragile en décidant de poser une chape de plomb sur sa "gouvernance". Mais cette paix aurait pu coexister avec une société nouvelle s'il n'y a avait eu une distorsion entre le sort réservé aux morts de chaque camp. La Paix plus que la vérité, le roman de Gildas Girodeau, y revient de manière symbolique en présentant à la fois l'exhumation de fosses communes anonymes pour les Républicains, et des plaques commémoratives pour les séditieux.

Yarnald, journaliste, reçoit une bien maigre confidence d'un ami, Républicain exilé qui le pousse à enquêter sur la mort d'un "profiteur" du régime. Ce dernier est mort lors d'un accident de chasse. Mais est-ce réellement un accident ? Ne devrait-on pas plutôt privilégier le suicide ou un crime ? C'est une trame simple, plutôt banale, mais tout l'intérêt de l'enquête, de facture très classique et très logique, va être de jouer sur deux tableaux. Yarnald essaie de remonter la piste criminelle et, ce faisant, révèle un pan d'histoire contemporaine sur le passé récent de l'Espagne. Dans le même temps, l'auteur développe comment cette enquête réconcilie aussi le journaliste avec le monde.

En évitant un grand nombre de scènes rudes (il y aura juste un moment où des gros bras essayent de convaincre Yarnald d'arrêter ses investigations), en montrant son souci du détail humaniste qui rend les personnages attachants, Gildas Girodeau, après un diptyque intelligent sur l'implication française en Afrique, offre ici un roman sensible et attachant, où, même si les grandes solutions ne sont pas trouvées, les personnages découvrent la paix, une paix réelle basée sur la mise à plat du passé et son acceptation - d'ailleurs avec de petites touches, on voit que cette paix est avant tout d'ailleurs très féminine -, et non, comme tant de paix, le prélude à d'autres conflits par la masse de non-dits, que ce soit autant au niveau de la nation espagnole qu'à celui, plus intime, des familles touchées par un drame singulier.

Récompenses :
Prix Virtuel du Polar 2012

Nominations :
Prix des lecteurs de Villeneuve lez Avignon 2013

Citation

Le passé m'explosait à la figure, j'en avais les poils qui se hérissaient. La haine, oui, la haine qui nous avait submergés ce soir-là, je la ressentais vivante. Un animal terrifiant, la haine.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 02 mai 2012
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