Guillotine sèche

Dès l'accueil, je me sentis aussi bienvenu qu'une hémorroïde. Je dus affronter la crème de la crème de l'incompétence, le nec plus ultra en matière de tournage de pouces et d'enculage de mouches, un zig rouquin mollasse et bégayant, con comme les pieds de la lune.
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mardi 14 juillet

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Mémoires - Noir

Guillotine sèche

Historique - Prison MAJ mardi 20 mars 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 19,9 €

René Belbenoit
Dry Guillotine - 1938
Préface de William J. LaVarre
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Pierre-François Caillé
Paris : La Manufacture de livres, février 2012
320 p. ; 24 x 16 cm
ISBN 978-2-35887-034-4

C'est le bagne !

Excellente idée de rééditer ces mémoires de bagnard traduites de l'américain en 1938 par les éditions de France sous le titre Les Compagnons de Belle ! Il faut dire que Franck Sénateur, président de l'association d'histoire pénitentiaire "Fatalitas", et expert des écrits sur les bagnes et les prisons, tient ce livre pour le meilleur jamais consacré à cet enfer. Voilà donc une réédition qui s'imposait.

Guillotine sèche (traduction du titre anglais Dry Guillotine, faisant lui-même référence au qualificatif qu'inventa Albert Londres dans son percutant reportage en immersion Au bagne publié en 1923) est le récit autobiographique du terrible parcours d'un jeune voleur, René Belbenoit, condamné à huit ans de travaux forcés. En wagons cellulaires acheminant tous les condamnés de France vers La Rochelle où ils s'embarqueront vers l'île de Ré, les futurs bagnards sont vite dans le bain. Belbenoit va attendre dans la forteresse de Saint-Martin-de-Ré que sept cents premiers bagnards partent vers la Guyane, pour être du voyage suivant, deux mois plus tard. Il a "la chance de posséder une belle écriture et une certaine facilité de style" tandis que sa petite taille et son poids plume, face aux "fiers-à-bras" tatoués du front aux orteils, sont compensés par sa force morale. Il va tout faire pour dénoncer l'immonde système et s'en évader. Car on ne peut sortir vivant du bagne. Outre les températures, le manque d'hygiène, la pauvreté de l'administration, les sévices, les peines supplémentaires qui se traduisent en cachot et isolement sur les îles dans des conditions épouvantables, il est une autre peine encore pire : celle qui oblige à rester en Guyane lorsque l'on a fait son temps. Le libéré ne l'est pas. Le voilà chassé des villes, condamné à dormir dans la forêt et mourir de faim ou de maladie. Si jamais il tente de retourner au pays voire de s'échapper vers les pays limitrophes, le voilà repris et reparti pour un nouveau cycle d'emprisonnement dans les cachots. René Belbenoit construit un récit chronologique impeccable. Comme, il passera par tous les lieux importants, c'est donc un tour d'horizon complet des lieux et des hommes. De sa traversée à son premier camp, ce sont déjà des dizaines de morts en deux mois. Des privations, aux chantiers, aux hôpitaux, aux prisons, c'est l'hécatombe. Quant aux évasions, elles sont si impossibles (la forêt hostile, les marais, les insectes, les courants du Maroni, ceux de la mer) que les bagnards, dans la journée, sont à peine surveillés. Avec des années enfermé seul dans un puit sur l'île de Saint-Joseph, rien ne sera épargné à Belbenoit qui, pourtant, va réussir à grimper les "échelons" jusqu'à devenir archiviste du gouverneur Siadous. C'est lors de cette parenthèse qu'il écrira la majorité des feuillets de son livre (quinze kilos) qui, dès lors, emballés dans une toile cirée, ne le quitteront plus. Belbenoit ne passe rien sous silence : les jeunes condamnés, dès leur arrivée de métropole, sont aussitôt démarchés par les anciens pour devenir leurs "mômes". Au cœur de la vie, il y a la "débrouille", où tout s'achète et tout se vend. Entre bagnards mais aussi entre geôliers, militaires et civils existe cette économie parallèle faite de petits riens que l'on presse dans son "suppositoire". Ces sous permettront d'améliorer l'ordinaire car il y a tout à acheter ! Le bagnard pauvre est condamné à mourir dans l'année. Enfin libéré en 1930, après neuf années, Belbenoit se voit accorder par le gouverneur, une permission exceptionnelle d'un an au grand dam de l'administration qui lui en gardera rancune. Belbenoit, en effet, a été l'oreille du gouverneur grâce à ses rapports argumentés pour dénoncer la corruption généralisée et les conditions dantesques de détention. Il passera cette année sur la côte Atlantique de Panama, travaillant comme jardinier, puis blanchisseur. Mais il a un contrat moral avec le gouverneur : il doit retourner en Guyane au bout d'un an. Belbenoit demande sa vraie liberté mais le gouverneur a été muté. L'ex-bagnard se rend en France pour plaider sa cause mais est arrêté au Havre, renvoyé sur l'île de Ré puis ré-embarqué vers le bagne ! C'est ensuite qu'il montera sa cinquième évasion. Celle qui le conduira à La Trinité sous gouvernance anglaise puis, remontant l'Amérique du Sud, jusqu'en Colombie où il vivra avec les Indiens. Il atteindra Los Angeles où il vivra désormais et se mariera.

Impossible de résumer ce foisonnant périple qui se lit comme un roman d'aventures. Belbenoit s'avère un chroniqueur puissant et habile. On aurait aimé que l'éditeur ajoute une carte, une chronologie et quelque postface sur la vie américaine de Belbenoit, surtout après les ventes de son livre à près d'un million d'exemplaires. La préface américaine de 1937 est signée par l'explorateur William La Varre (et non La Warre comme il est imprimé dans la traduction de 1938 reprise ici sans vérification). La Varre a rencontré Belbenoit deux fois lors de sa dernière évasion qui lui prit deux ans. Sa préface donne des renseignements biographiques sur la vie de Belbenoit "avant" ses condamnations pour vol. On aurait aimé en savoir plus sur le "après", notamment sur les relations nouées avec les Américains (la romancière Blair Niles ou le mystérieux scénariste venus le voir au bagne) car le parcours du livre lui-même est tout aussi incroyable.

Citation

Si un malade ne meurt pas, ce n'est pas grâce aux soins qu'il reçoit.

Rédacteur: Michel Amelin lundi 19 mars 2012
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