Balancé dans les cordes

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Roman - Noir

Balancé dans les cordes

Social - Sportif - Gang MAJ mercredi 29 février 2012

Knock out poisseux

Il existe une tradition rare dans le roman noir français, symbolisée par une collection disparue qui s'intitulait "La Poisse". Plus lumineuse aux États-Unis, à travers les romans de David Goodis, elle n'avait vu en France que l'éclat d'André Héléna, bien oublié aujourd'hui sauf des amateurs du genre.
L'année dernière, avec Paris la nuit, chroniqué en ces murs, Jérémie Guez nous avait offert un texte qui renouait avec ce genre. Il récidive ici avec la trajectoire sensible et maitrisée, sans pathos, mais avec plein d'émotion - tout le contraire des téléfilms vulgaires dont on nous abreuve régulièrement -, d'un personnage lambda.
Tony, le narrateur, est un jeune homme perdu. Père absent, il vit avec sa mère qui oscille entre des amants passagers et la drogue qu'elle consomme ou revend. Seul point d'accroche, son oncle qui le fait travailler dans son garage et lui offre une échappatoire : la boxe. Tony s'entraine, perd de vue Moussa, l'un de ses rares amis devenu un des caïds locaux, et s'affirme comme une valeur montante de son sport. Jusqu'au jour où sa mère est battue par un "client", qu'il veut la venger, et que la seule solution est de "travailler" pour le parrain régional.
Entre la dureté de la situation, le déterminisme des personnages, les possibilités de s'en sortir qui se voient continuellement bloquées par des bifurcations de vie, le "héros" ne peut que foncer vers un destin décidé d'avance, sans se plaindre.
Jérémie Guez rend avec justesse l'itinéraire de Tony, entre débrouilles et obligations. Il rend également finement compte du parcours, servi par le jeu d'un monologue intérieur qui restitue l'ambivalence : s'en sortir peut-être en se trahissant ou rester fidèle à ses origines ? À un moment, Tony croit découvrir l'amour avec une jeune fille des quartiers chics. Il se présente comme un peu paumé, il y croit mais il tombe par hasard sur elle au milieu d'une bringue organisée par le "parrain", alors qu'il est au bras de deux prostituées...
Avec une économie de moyens, Jérémie Guez montre avec ce deuxième roman, une maitrise du récit, un texte tendu vers sa chute inéluctable, où jamais l'on ne peut respirer, où l'on ne peut que trahir, y compris ceux qui veulent notre bien, où règne la poisse.

Récompenses :
Prix SNCF du polar/Roman 2013

Nominations :
Prix de la ville de Mauves-sur-Loire 2013
Prix des lecteurs de Villeneuve lez Avignon 2013

Citation

Elle laisse quand même tomber sa tête contre mon épaule. Tous mes muscles sont contractés, je déteste qu'on me touche. Mais je n'ai pas envie que ça s'arrête.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 14 février 2012
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