Le Caméléon

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Essai - Noir

Le Caméléon

Disparition - Faits divers MAJ mercredi 18 janvier 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 3 €

David Grann
The Chameleon: The Many Lives of Frederic Bourdin - 2008
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Claire Debru
Paris : Allia, septembre 2009
88 p. ; 14 x 10 cm
ISBN 978-2-84485-324-0

Le syndrome de Peter Pan

David Grann est né en 1967 à New York et s'est fait connaître pour ses travaux de journaliste mêlant enquête et implication personnelle, longs récits publiés généralement en deux épisodes dans l'hebdomadaire "The New Yorker". Allia a édité trois de ses textes : Trial by Fire, Un crime parfait et Le Caméléon dans une mini série à 3 €. Ce dernier titre raconte "les multiples vies de Frédéric Bourdin" comme l'indique le sous-titre en page de garde. Cette affaire étonnante a aussi été le sujet du livre de Christophe D'Antonio Le Caméléon, l'invraisemblable histoire de Frédéric Bourdin publié aux éditions Patrick Robin en 2005 puis en poche chez J'ai lu, collection "Documents", en 2007 et du film de Jean-Paul Salomé adapté de ce texte : Le Caméléon sortit en juin 2010.
Le Français Frédéric Bourdin est né près de Paris en juin 1974, d'une mère de dix-huit ans accouchée sous X (le père était algérien) qui l'élève jusqu'à deux ans et demi avant que le juge le confie à ses grands-parents partis ensuite s'établir à Mouchamps en Vendée. À l'école primaire, Bourdin, très doué en bandes dessinées pleines d'aventures "commença à raconter des histoires fabuleuses sur sa vie" (un père agent secret) puis s'invente des agressions avant d'être placé à douze ans en établissement d'éducation spécialisée. Là, Bourdin "se prétendait souvent être amnésique et faisait exprès de se perdre dans les rues". À seize ans, il fugue et commence son incroyable périple d'escroc à l'identité à travers le monde... Sans argent, il développe des stratégies et des techniques incroyables pour se faire prendre en charge. Par exemple, il téléphone aux autorités comme un simple témoin ayant vu un jeune adolescent en perdition, réitérant les appels pour préparer le terrain. Ses rôles sont bien rôdés : il se fait généralement passer pour un mineur, souvent étranger, ayant été victime de mauvais traitements et donc partiellement amnésique. Son parcours à travers l'Europe lui permet d'apprendre plusieurs langues. À presque trente ans, en 2005, il peut ainsi intégrer un foyer social à Pau, puis une classe de collège où il devient un élève modèle parmi des enfants de quinze ans. Mais c'est une aventure antérieure qui constitue le noyau du court récit de Grann. En octobre 1997 (à vingt-trois ans donc), Bourdin se trouve dans un foyer pour jeunes à Linares en Espagne avec une juge insistante qui lui laisse vingt-quatre heures pour prouver son identité. Il a alors l'idée d'un plan stupéfiant : se faire passer pour un Américain disparu. Lequel ? Il ne le sait pas lui-même et c'est pour cette raison qu'il téléphone au National Center for Missing and Exploited Children en Virginie en se faisant passer pour le directeur du Centre s'inquiétant pour un nouveau pensionnaire perturbé affirmant qu'il est américain et qu'il a été enlevé par une secte et violenté pendant des années. Sur les propres indications physiques de Bourdin, son interlocutrice, à force de tri dans les bases de données, lui donne la description et le nom de Nicholas Barclay disparu en 1994 à l'âge de treize ans. Bourdin va donc endosser l'identité de cet ado qui aurait seize ans et parvenir à se faire "rapatrier" aux USA ! Nouveau coup de théâtre : la famille le reconnaît ! Mais la "renaissance" de Nicholas Barclay au monde va provoquer des tragédies et l'émergence d'un nouveau secret grâce à l'obstination d'un détective privé et d'une flic du FBI...
Impossible de raconter plus en avant ces aventures délirantes qui vont conduire Bourdin jusqu'à ce collège de Pau qui semble être le lieu de son dernier formidable subterfuge. David Grann, à son habitude, mène l'enquête en rencontrant tous les protagonistes de l'affaire : Bourdin lui-même, sa mère, la famille américaine, la principale du collège, l'instituteur vendéen, le détective etc. Étrangement, il fait l'impasse sur les années de prison. Il monte son texte comme s'il collait des papiers découpés, s'insérant comme narrateur d'une façon toujours étonnante ce qui conduit parfois la traduction à un style bizarre aux temps boiteux. Mais ce style ne reflète-t-il pas la démarche de l'auteur qui passe très vite du passé au présent et change souvent de point de vue ? En tout cas, Grann brosse un portrait pertinent de Bourdin qui allie le désespoir à la ruse, l'errance au calcul, la gloriole au mutisme, changeant de visage, d'attitude, de langue, d'âge et de passé en quelques heures, refusant de "grandir" pour être protégé. Bourdin va même piéger Grann lors de leur première entrevue : "À ma surprise, Bourdin savait où j'avais travaillé, où j'étais né, il connaissait le nom de ma femme et jusqu'aux activités professionnelles de ma sœur et de mon frère : 'J'aime savoir à qui j'ai affaire', dit-il."

Citation

Une voiture s'arrêta à notre hauteur, le long du trottoir, un couple à l'intérieur. Ils baissèrent la vitre et nous regardèrent avant de se retourner l'un vers l'autre : 'Le caméléon', dirent-ils.

Rédacteur: Michel Amelin mardi 17 janvier 2012
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