Cavaliers seuls

Vous avez raison, il sème les cadavres derrière lui comme le Petit Poucet sème les cailloux. Peut-être sommes-nous dans un conte de fées morbides.
François Boucq - Bouncer. 11, L’Échine du dragon
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dimanche 15 septembre

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Nouvelle - Noir

Cavaliers seuls

Social MAJ mardi 07 février 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 15,5 €

Frédéric Houel
Lille : TheBookEdition, juin 2009
166 p. ; 21 x 15 cm
ISBN 978-2-7466-0680-7
Coll. "Polars & thrillers"

Vous avez dit "stochastique" ?

La question de l'unité et de la cohérence globale se pose forcément, à un moment ou à un autre, à tout auteur qui souhaite rassembler, en un recueil, quelques-unes de ses nouvelles. Quel axe choisir : celui de l'unité de genre (polar, science-fiction, comique, onirique), de l'unité de thème (histoires de femmes, de fantômes, de voitures...), de lieu ? Cette question, Fred Houel se l'est de toute évidence posée lui aussi, au moment de relier entre eux les huit textes qui composent Cavaliers seuls.

Si l'on se réfère au titre, on peut penser qu'il a surtout songé à mettre en avant la dimension "solitaire" de ses héros, sortes de poor lonesome cow-boys pour la plupart, en effet, englués dans un quotidien dont ils ne maîtrisent pas toutes les subtilités. Pour ma part, j'ai surtout été sensible à la manière dont le temps était traité, avec une certaine constance, au fil de tous les récits.
Car le temps est incontestablement un des acteurs principaux de Cavaliers seuls, mais pas n'importe quel temps : un temps décomposé, distendu, suspendu, comme dans le texte sobrement intitulé "T" (comme "Temps" : est-ce un hasard ?) ou l'héroïne évolue douloureusement dans un univers instable où le présent, le passé et l'avenir s'entremêlent selon une logique parfaitement aléatoire (ou devrais-je plutôt dire "stochastique", mot peu banal que Fred Houel s'est amusé à caser au détour d'une page, m'obligeant à aller ouvrir mon dictionnaire pour en vérifier l'exacte définition...).
Le temps, et son inséparable consœur, l'attente. Car on attend beaucoup dans Cavaliers seuls. Attente de la libération, pour trois otages prisonniers de rebelles sud-américains, attente du premier rendez-vous pour l'amoureux transi, beau gosse mais désespérément bègue, attente de la sortie de prison de l'ex-mari pour le couple recomposé, attente du flagrant délit pour le flic infiltré... Attentes généralement vaines, d'ailleurs, car la plupart du temps elles débouchent sur de terribles désillusions.
Mais au-delà de ces considérations sur la solitude, sur le temps ou l'attente, l'unité de Cavaliers seuls repose aussi sur la qualité d'écriture de Fred Houel et sur la profondeur qu'il donne à ses histoires dont les double-fonds trahissent un auteur qui ne se contente pas de bricoler des scénettes joliment agencées, mais qui s'interroge fondamentalement sur le sens de la vie, sur l'amour, sur l'art, sur cette magie qui fait que certains êtres se rassemblent alors que d'autres se déchirent. Réflexion enfin sur la folie, qu'elle soit ordinaire ou plus gravement pathologique, qui rode toujours aux abords de nos âmes et qui peut transformer, sans difficultés majeures, le plus paisible d'entre nous en meurtrier impitoyable, tel ce brave breton, dans "Agacement" qui, ne supportant plus les bavardages de son compagnon de promenade, n'hésite pas à l'offrir en pâture aux goélands.
Fred Houel, en parfait artisan des lettres, a su concocter un recueil de très bon niveau et qui ne souffre d'aucun des défauts si fréquents dans l'auto-édition (manque de relectures, coquilles, longueurs). Un travail de qualité qui nous laisse supposer que nous n'avons pas fini d'entendre parler (en bien) de ce garçon.

NdR - Le recueil comporte les nouvelles suivantes : "Arrakis", "Coup de chaleur", "Jacki", "L'Employé", "Autopsy du meurtre", "T", "Agacement" & "Western".
L'ouvrage n'est disponible à la vente que sur le site de son éditeur : TheBookEdition.com.

Vous pouvez retrouver toutes les chroniques à L'Heure des comptes !

Citation

Je lui répliquais que le racisme était le cancer du colon... Un problème digestif peut-être, mais un problème de trou du cul, sans aucun doute

Rédacteur: Stéphane Beau lundi 26 décembre 2011
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