Le Dernier guillotiné

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Essai - Policier

Le Dernier guillotiné

Politique - Faits divers MAJ jeudi 20 octobre 2011

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 15,9 €

Jean-Yves Le Naour
Paris : First, septembre 2011
190 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-7540-2234-7
Coll. "Histoire"

L'homme coupé en trois

Les éditions First ont réussi un coup de maître en incluant l'Histoire dans sa fameuse collection "Pour les Nuls". Jean-Yves Le Naour, l'universitaire sans doute le plus original et le plus abordable du moment, y a publié La Première Guerre mondiale pour les Nuls en 2008. Ce professeur d'histoire en classes préparatoires de sciences politiques est chargé de cours à l'université de Toulouse-Le Mirail et auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages qui permettent d'aborder sa période de prédilection, autour de la Première Guerre mondiale, par le biais de thèmes étonnants comme les fusillés pour l'exemple, le soldat inconnu vivant, le fort courant spirite et la Jeanne d'Arc vendéenne, les affaires Malvy, Caillaux ou des lettres anonymes de Tulle. Ici, en parallèle à son Histoire de l'Abolition de la peine de mort qu'il publie chez Perrin, il signe un ouvrage satellite Le Dernier guillotiné afin de marquer le 30e anniversaire de l'abolition de la peine de mort en France.

En 1935, Pierre Bouchardon avait fait paraître un recueil intitulé La Dernière guillotinée, en l'occurrence Georgette Thomas exécutée en janvier 1887. Il ne savait pas que sept femmes allaient connaître le même sort jusqu'au 21 avril 1949 où Germaine Godefroy veuve Leloy (meurtrière de son mari à coups de hache) expiait dans la prison d'Angers. Ici, le titre ne sera pas remis en cause puisque la peine a été abolie en 1981.

Jean-Yves Le Naour nous conte donc le parcours du dernier guillotiné en France qui n'est pas Ranucci comme certains le pensent mais Hamida Djandoubi décapité le 10 septembre 1977 à la prison des Baumettes à Marseille pour actes de tortures et meurtre.

Éditions First oblige, priorité est donnée à la lisibilité. Le livre s'ouvre sur un avant propos de l'auteur qui nous propose un condensé de l'histoire de la peine de mort en France et en Europe. Les Anglais, pires que nous, pendirent une petite fille de 8 ans en 1808 pour avoir mis le feu à une maison. À l'aide de statistiques et commentaires, il démontre que cette peine "populaire" n'est absolument pas pertinente car sujette à des facteurs extérieurs comme les élections, les faits divers contemporains ou l'émotion primaire de la société. Ainsi, Giscard d'Estaing, plutôt favorable à l'abolition, ne veut pas contrer l'opinion publique pour les meurtres d'enfants. Si Ranucci est condamné, Patrick Henry évitera pourtant la condamnation à mort grâce à Robert Badinter qui plaidera contre cette peine qui "coupe les hommes en deux". Par retour de bâton, la grâce présidentielle sera refusée pour le marginal alcoolique Jérôme Carrein qui sera décapité en juin 1977, puis pour Djandoubi trois mois plus tard.

Après les dix pages d'avant-propos historique, vient le corps de l'ouvrage qui va détailler le parcours du Tunisien "à partir de l'épais dossier judiciaire conservé aux archives départementales des Bouches-du-Rhône". Né en 1949 à Tunis, Djandoubi émigre à dix-huit ans en France et multiplie les petits boulots et les voyages. En 1971, l'ouvrier agricole, a une jambe broyée par un motoculteur. Handicapé avec sa prothèse, il soutiendra toujours que son caractère a changé à partir de cet accident. À l'hôpital, alors qu'il partage la chambre d'un homme victime de la route, il rencontre la fille de celui-ci, Élisabeth. Elle a dix-huit ans donc encore considérée comme mineure. Elle s'enfuit avec le séduisant Tunisien. Battue, droguée, devant faire des passes au foyer Sanacotra, elle porte plainte et devient folle. La police ne relève aucune charge de proxénétisme, l'accusé semble un garçon doux et sensible. Il travaille chez un pâtissier, son train de vie est modeste. Il passe entre les mailles du filet. En 1973, il rencontre une fille de seize ans, Amara, lui promet le mariage, la fait travailler à l'usine et commence à la battre avant de séduire une autre fille de seize ans, Annie qui viendra vivre avec le couple. Coups, menaces de mort, viols, tortures alternent avec serments d'amours. C'est toute la panoplie du sadique. Quand Élisabeth réapparaît, le Maître décide de la punir en se livrant sur elle à de monstrueuses tortures sous l'œil des deux autres filles avant de l'emmener dans sa voiture (toujours avec l'aide des deux filles) dans une cabane isolée où il l'étranglera avant de lui fracasser le visage à coups de pied. C'est une quatrième fille, Houira, quinze ans, qui se montrera plus tenace que les autres. Grâce à elle, les deux autres dénonceront le crime.

On reprend pied dans le dernier quart du livre où Jean-Yves Le Naour raconte l'enquête puis le procès et les réactions de la presse et du public. Il boucle donc un plaidoyer contre la peine de mort en étant passé par un long et abominable récit qui met mal à l'aise. Pourtant, il n'y a rien à lui reprocher : les données effroyables étant celles du dossier. En conclusion, ce choix de construction avec focalisation sur les méfaits du monstre s'avère plus hard et racoleur que la production habituelle de l'auteur.

Citation

Ce jour-là, après avoir regardé un film à la télévision, Djandoubi les fait mettre nues et les allonge côte à côte sur le lit avant de les torturer à l'électricité en appliquant brièvement les fils dénudés sous les aisselles, aux coudes, aux poignets et naturellement aux seins et au sexe.

Rédacteur: Michel Amelin jeudi 20 octobre 2011
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