Monsieur le Commandant

Ce ballon crevé, tout tailladé, tout menu, c'était un bébé, un bébé qui avait été éjecté et dont il ne restait que des os fracassés.
Serge Reynaud - Chroniques de la main courante - Histoires vécues
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mercredi 01 avril

Contenu

Roman -

Monsieur le Commandant

Historique MAJ vendredi 30 septembre 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Romain Slocombe
Paris : NIL, août 2011
260 p. ; 21 x 12 cm
ISBN 978-2-84111-564-8
Coll. "Les Affranchis"

Actualités

  • 03/10 Prix littéraire: Sélection 2014 du Prix Interallié
    Vendredi 3 octobre, le jury présidé par Philippe Tesson a dévoilé la liste des quatorze romans sélectionnés pour l'Interallié. On peut remarquer une forte présence des éditions Gallimard et Flammarion, qui à elles deux ont cinq titres dans cette liste ou encore de Grasset qui place trois ouvrages. Mais cette dépêche a pour but de dévoiler des ouvrages k-librés. Il pourrait s'agir du roman de Simonetta Gregio chez Stock. En effet, son titre, Les Nouveaux monstres, n'est pas sans rappeler le film de 1977 en douze sketches dirigés par Mario Monicelli, Dino Risi et Ettore Scola, qui est autant de portraits de monstres ordinairs mus par un instinct égocentrique et parfois réellement inhumain. Mais non. La présence de Nicolas d'Estienne d'Orves pourrait également être une piste... Mais là aussi non. Il s'agit tout simplement du nouveau roman de Romain Slocombe, Avis à mon exécuteur (Robert Laffont), un livre lu et apprécié en ces lieux. Ce roman de Romain Slocombe signe aussi chez l'auteur une seconde vie littéraire puisque c'est le deuxième en trois ans à être dans la sélection d'un des grands prix littéraires de la rentrée après Monsieur le commandant (NIL), qui faisait partie de la première sélection des Goncourt 2011. Souhaitons-lui bonne chance ! Attendons la proclamation de la deuxième sélection, le 29 octobre, d'un prix prestigieux créé en 1930.

    Sélection 2014 du Prix Interallié :
    - Le Soldat d'Allah, de Christian Authier (Grasset) ;
    - Constellation, de Adrien Bosc (Stock) ;
    - Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive, de Christophe Donner (Grasset) ;
    - Ce sont des choses qui arrivent, de Pauline Dreyfus (Grasset) ;
    - La Dévoration, de Nicolas d'Estienne d'Orves (Albin Michel)
    - Charlotte, de David Foenkinos (Gallimard) ;
    - Les Nouveaux monstres, de Simonetta Greggio (Stock) ;
    - Les Fils de rien, les princes, les huiliés, de Stéphane Guibourgé (Fayard) ;
    - L'Écrivain national, de Serge Joncour (Flammarion) ;
    - Karpathia, de Mathias Menegoz (P.O.L.) ;
    - Les Inoubliables, de Jean-Marc Parisis (Flammarion) ;
    - L'Amour et les forêts, de Éric Reinhardt (Gallimard) ;
    - Avis à mon exécuteur, de Romain Slocombe (Robert Laffont) ;
    - Le Voyageur malgré lui, de Min Trn Hui (Flammarion).
    Liens : Avis à mon exécuteur |Romain Slocombe

  • 03/10 Café littéraire: Olivier Bordaçarre et Romain Slocombe sous les Arcanes
  • 18/04 Prix littéraire: Nice Baie des Anges, première sélection
  • 12/03 Prix littéraire: Polar'Encontre et ses récompenses 2012
  • 22/09 Librairie: Slocombe s'expose à Paris
  • 22/09 Café littéraire: Slocombe aux Mardis littéraires

Lettre et le néant

Je vous entends déjà dire, alors que vous venez de parcourir la quatrième de couverture de Monsieur le Commandant de Romain Slocombe, qu'il ne s'agit là que d'un roman de plus sur la période de l'Occupation. Certes, le sujet pourrait passer pour éculé tant, depuis bientôt soixante-dix ans (et c'est là sans compter les œuvres de ceux qui s'étaient fait les augures du désastre dès la fin des années 1920), la littérature, tout comme l'a fait le cinéma, s'est aventurée jusque dans les moindres recoins - du moins pourrait-on le croire - de cette période de l'histoire. De Vercors à Jonathan Littell, en passant par Robert Merle, Marcel Aymé, Curzio Malaparte ou Didier Daeninckx, pour le meilleur et le moins bon, les auteurs se sont succédé sur le sujet. Romain Slocombe ajoute son nom à cette longue liste d'une manière très réussie. Il développe dans Monsieur le Commandant un point de vue qui, à ma modeste connaissance, n'a pas été souvent choisi, peut-être même jamais. Romain Slocombe prend pour narrateur un intellectuel - car sans doute, comme lui, n'a-t-il jamais partagé "le ridicule romantique de vouloir que les écrivains fussent des saints ou des héros, et qu'on les regardât les mains jointes" - et pose la question de la place de celui-ci durant l'occupation.

Paul-Jean Husson est un écrivain respecté, siégeant à l'Académie française. Comme bon nombre d'intellectuels français de l'époque, il adhère à la proposition hitlérienne d'une Europe nouvelle débarrassée des Juifs, des francs-maçons, des communistes et de toute la vermine qui précipite l'Occident vers l'abime. Cette position, il la soutient publiquement, publiant dans la presse des tribunes antisémites virulentes. Jusque là rien de nouveau, me direz-vous, la question ayant été maintes fois débattue après guerre et aujourd'hui encore, autour des cas de Céline, Pierre Drieu La Rochelle, Robert Brasillach, Lucien Rebatet, Paul Morand et bien d'autres. Mais Romain Slocombe se tient loin du manichéisme et nous épargne le poncif des gentils résistants contre les méchants collabos. Au fil de la lettre qu'il écrit à Monsieur le Commandant, lettre qui constitue le roman lui-même comme l'exige la collection "Les Affranchis" dans laquelle il est publié, Paul-Jean Husson dévoile son secret. En l'absence de son fils parti combattre au côté du général de Gaulle, il héberge et protège sa brue, Ilse, une belle Allemande de laquelle il s'éprend comme il pensait que la vie ne lui permettrait plus de le faire. Mais à l'inceste, qui demeure même s'il renie son fils pour sa trahison envers le Maréchal, s'ajoute un autre motif de culpabilité. La belle Ilse est de confession israélite. L'affaire comme on le voit n'est pas si simple. Voilà que l'homme dont les idées tendaient à l'éloigner de tout humanisme se voit rappelé à son humanité par celle qui figure parmi les objets de sa haine. Si ses convictions de la nécessité de redresser l'Occident, de le nettoyer une bonne fois pour toute ne le quittent pas, elles sont toutefois ébranlées lorsque son intimité s'en trouve menacée. C'est alors que le vieil homme révèle toute sa naïveté – à cet âge d'ailleurs, et au vu de son statut, il s'agit plutôt d'une perte de lucidité – et que la situation apparaît bien plus complexe qu'une simple ballade des bons et des méchants.

Au-delà du cas particulier de Paul-Jean Husson, comme il se fait le témoin d'une époque à chacun de ses écrits, Romain Slocombe se fait le rapporteur d'une période trouble dans ce roman richement documenté où jamais les recherches effectuées par l'auteur ne viennent perturber la lecture. En bon conteur, Romain Slocombe use d'un style d'une grande fluidité pour les intégrer avec élégance dans le récit. Tout coule, naturellement. Monsieur le Commandant est un roman passionnant, qui confirme que le sujet n'est pas encore tari et que Romain Slocombe fait partie des très bons auteurs actuels. Ce que semble confirmer sa sélection pour le prix Goncourt 2011.


On en parle : 813 n°117

Récompenses :
Trophée 813 du roman francophone 2012
Calibre 47 2012

Citation

Je n'ai jamais partagé le ridicule romantique de vouloir que les écrivains fussent des saints ou des héros, et qu'on les regardât les mains jointes

Rédacteur: Jean-Claude Lalumière jeudi 22 septembre 2011
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