Un traître à notre goût

La RealiSim, c'est en somme le visage moderne du divertissement pascalien, le dernier artifice qu'a imaginé le siècle pour nous faire oublier notre condition. Si l'on estime peu raisonnable de passer tout le jour dans un univers qui n'existe pas, c'est que l'on ne connaît guère la nature humaine, dirait aujourd'hui le philosophe. Les métavers ne nous garantissent pas de la mort et de la misère, ils nous dispensent d'avoir à y penser, l'espace de quelques heures. En cela, ils fournissent à une poignée de firmes transnationales leur légitime raison d'être : nous vendre du rien.
Frédéric Delmeulle - In Cloud We Trust
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vendredi 16 avril

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Livre sonore - Policier

Un traître à notre goût

Mafia - Corruption - Finance MAJ mardi 24 janvier 2012

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

John Le Carré
Our Kind of Traitor - 2010
Didier Weill (lecteur)
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Perrin
Paris : Audiolib, septembre 2011
12 p. ;
ISBN 9782356414052

Actualités

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    Fils de, frère de... Alors que les Presses de la Cité éditent très bientôt Babylon nights, dernier roman de Daniel, frère de Johnny Depp, que Les Nouveaux auteurs en feront de même en mai avec Les Cendres froides, de Valentin Musso, frère de Guillaume L'Archipel publie N'ayez crainte !, nouvel opus de Peter Leonard, fils non pas d'Herbert mais d'Elmore. Nombreux sont ceux à s'enthousiasmer sur la truculence de sa prose en quatrième de couverture, même le regretté depuis deux années déjà Donald E. Westlake. Nous vous donnerons très bientôt notre avis.
    Les Presse de la Cité nous proposent également Les Murmures, de John Connolly, un des habitués de la collection "Sang d'encre", mais, et c'est à notre connaissance une première dans la collection, ces murmures s'accompagnent d'un CD musical, la playlist de l'auteur. En cela, les Presses de la Cité suivent la mode du moment, ce dont on peut se réjouir.
    S'il faut chercher LE livre de la semaine, il se trouve peut-être au Seuil. La parution du nouveau roman d'espionnage de John Le Carré fait forcément office de fait marquant. L'auteur délivre ses romans avec parcimonie. Un traitre à notre goût le sera-t-il vraiment ? Sûrement plus que Qui a tué Toutankhamon ? parution hebdomadaire de James Patterson, sous-clone de Ponson du Terrail dans sa forme moderne et un tantinet édulcorée.
    Bien entendu, il y en a pour tous les goûts, alors ne vous privez pas :

    Grand format :
    Frères de sang, de Nicole Amann (Les Éditions du Bord du Lot)
    Le Carré des anges, de Alexis Blas (Ex aequo, "Rouge")
    Le Jour où tu dois mourir, de Marc Charuel (Albin Michel, "Thrillers")
    L'Ombre de la brume, de Gérard Chevalier (Coop Breizh)
    Tempête sur Cape Cod, de Carol Higgins Clark (Albin Michel)
    Les Murmures, de John Connolly (Presses de la Cité, "Sang d'encre")
    Les Leçons du mal, de Thomas H. Cook (Le Seuil, "Policiers")
    Jusqu'au sang, de Diane Emley (Belfond, "Noir")
    Comme ton ombre, de Elizabeth Haynes (Presses de la Cité, "Sang d'encre")
    Le Dernier homme bon, de A. J. Kazinski (Jean-Claude Lattès)
    Jeux de vilains, de Jonathan Kellerman (Le Seuil, "Policier")
    Double hélice, de Kleinmann & Vinson (Le Masque)
    Caucase Circus, de Julia Latynina (Actes sud, "Actes noirs")
    Un traître à notre goût, de John Le Carré (Le Seuil, "Cadre vert")
    N'ayez crainte !, de Peter Leonard (L'Archipel, "Les Maitres du suspense")
    Occupe-toi d'Arletty !, de Jean-Pierre de Lucovich (Plon, "Suspense thriller")
    En fuite, de Phillip M. Margolin (Albin Michel, "Spécial suspense")
    Le Voyage en Italie de Sherlock Holmes, de Luca Martinelli (Joëlle Losfeld)
    Sans laisser de traces, de Val McDermid (Flammarion)
    La Mort à deux visages, de Nicolas Ménard (Pavillon noir)
    Les Âmes traquées, de Martin Mchaud (First, "Thriller")
    La Femme congelée, de Jon Michelet (Presses universitaires de Caen, "Littérature nordique")
    Qui a tué le poète ?, de Luis de Miranda (Max Milo)
    Alpes noires, de Philippe Paternolli (Le Caïman)
    Qui a tué Toutankhamon ? de James Patterson (L'Archipel)
    Mortelles rencontres, de Richard Philippe (Le Bout de la Rue, "Rue noire")
    Lennox, de Craig Russell (Calmann-Lévy, "Robert Pépin présente")
    Les Parasites artificiels, de Gordon Zola (Le Léopard masqué, "Les Polars du Léopard")

    Poche :
    La Ville qui n'aimait pas son roi, de Jean d'Aillon (LGF, "Policier")
    Canso d'amor, de Chantal Alibert (Les Presses littéraires, "Crimes et châtiments")
    Le Clan, de Martina Cole (LGF, "Thriller")
    Le Mensonge, de Hallie Ephron (LGF, "Thriller")
    L. A. Noir, de Tom Epperson (LGF, "Policier")
    Céret noir, de Gil Graff (Mare Nostrum, "Les Polars catalans)
    Il était une fois un crime, de Lee Jackson (10-18, "Grands détectives")
    Mon premier meurtre, de Leena Lehtolainen (J'ai lu, "Policier")
    La Dernière tentation, de Val McDermid (J'ai lu, "Thriller")
    Sous les mains sanglantes, de Val McDermid (J'ai lu, "Thriller")
    Dernier tour de manège, de Jean-Paul Nozière (Rivages, "Noir")
    La Mort des rêves, de Do Raze (Le Masque, "Masque jaune")
    Onzième parano, de Marie Vindy (La Tengo, "Mona Cabriole")
    Mine de rien, de Patricia Wentworth (10-18, "Grands détectives")

    Liens : L. A. noir |Occupe-toi d'Arletty ! |Un traître à notre goût |Jean d'Aillon |Thomas H. Cook |Tom Epperson |Gil Graff |Jonathan Kellerman |John Le Carré |Val McDermid |Jean-Paul Nozière |James Patterson |Richard Philippe |Marie Vindy |Gordon Zola |John Connolly

Extrait audio :


Un écrivain au Carré

Antigua, aux Caraïbes. Perry, trente ans, professeur de littérature à Oxford, est un athlète accompli mais tiraillé par des doutes, sincères ou non, quant à son avenir : il songe ainsi à renoncer à Oxford, dont il vient de refuser un poste permanent. Gail, sa petite amie, espère bien qu'il n'en fera rien. Pour l'heure, ils jouent un double sur le central huppé de l'île. Qu'ils gagnent. Grâce à Perry surtout. Un quinquagénaire russe, Dima, qui vient de le voir jouer, exprime le désir autoritaire de lui disputer un match. Perry accepte. L'homme fascine, de vulgarité. Bling-bling jusqu'au bout des ongles, exhibant une quincaillerie du plus extraordinaire mauvais goût. Un être brutal en outre, tout le contraire de Perry en somme, sorti tout droit de la Russie post-soviétique gangrenée par cette mafia singulière des "Vory", anciens détenus de la Kolyma qui ont conservé de leurs années de bagne la hargne de vivre contre le reste du monde, à commencer par leurs compagnons de détention.

On le voit : c'est notre histoire, veule, avilie, que John Le Carré s'apprête à nous conter, celle de Présidents grossiers élus pour servir des classes fortunées qui leur font boire la coupe de leur indécence jusqu'à la lie. Un monde sorti des clameurs du mur de Berlin abattu dans une nuit de liesse, aussitôt prostituées à la domination d'un capitalisme financier livré sans vergogne à lui-même pour nager dans les eaux troubles de la corruption des banques et du blanchiment de l'argent des sales guerres menées depuis au nom d'une prétendue défense de la démocratie.

Piégés, Perry et Gail. Piégés par ce maffieux rustre et brutal. C'est du moins ce que l'on peut croire à la fin du premier chapitre, que le suivant vient battre en brèche, semant le doute à propos de ce jeune couple trop bien élevé pour jouer les naïfs. On avance du coup à reculons, se confondant, lecteur, d'avoir peut-être été le jouet d'un art consommé de l'intrigue qui nous a fait prendre pour argent comptant l'étonnement de Perry dans le premier chapitre. Restitué habilement comme le point de vue de l'auteur quand il n'était que celui du personnage adroitement masqué pour nous entraîner d'emblée sur de fausses pistes.

Une manipulation en somme, dans un récit ne cessant de confondre la plume de l'auteur sous les points de vue des personnages, épousant les sales besognes des techniques d'interrogatoire des services secrets pour mieux se jouer de nous, lecteurs. Une écriture matoise, pour exhiber la pourriture des réseaux d'espionnage, la pourriture des milieux de la finance, la pourriture des milieux politiques, des médias, des intellectuels, de tout ce monde des élites, Perry en tête, universitaire de gauche si peu à gauche, interrogés sans fard dans les sous-sols d'une maison douteuse, à Londres, par des agents levant sous nos yeux effarés une trop bonne conscience pour être honnêtes à leur tour, jusqu'à ce que le piège se referme sur nous, toujours, nous seuls, lecteurs naïfs pas assez roués au demi-mot, dans ce roman construit selon une structure d'une intelligence folle, collant littéralement à son objet, l'espionnage, qui est le monde du mot soustrait, du récit estropié, des bribes dévoilant, toujours un temps trop tard, les mensonges du récit auquel on vient de souscrire et la duplicité non seulement de tous les personnages mais de l'auteur lui-même, qui ne cesse d'abuser de sa position pour nous tromper.

Quel écrivain que ce Le Carré ! Quel bouquin que ce roman, opus de toutes les trahisons ! Lu qui plus est par Didier Weill avec un rien de ce pincé british qui incline à quelque méchant rire. Cynique, sourdement. Une lecture sacrifiant au vulgaire des voix, comme ce mauvais accent russe adopté pour mieux nous fourvoyer à donner pareillement corps à la tromperie. Une lecture d'entourloupe, qui vous balade d'une inquiétude l'autre, pour vous faire le spectateur d'un monde indéchiffrable, littéralement !

NdR -2CD MP3 - 511 Mo + 545 Mo, 12 h 50 d'écoute.

Citation

La seule chose qui pourrait encore me retenir dans ce pays, c'est une putain de révolution...

Rédacteur: Joël Jégouzo jeudi 15 septembre 2011
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