Les Plumes du dinosaure

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Roman - Noir

Les Plumes du dinosaure

Psychologique - Scientifique MAJ jeudi 18 août 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format

Tout public

Prix: 26 €

Sissel-Jo Gazan
Dinosaurens Fjer - 2008
Traduit du danois par Max Stadler, Magali Girault
Paris : Le Serpent à plumes, avril 2011
526 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-268-07111-4
Coll. "Serpent noir"

Fossiles, mensonges et autres tromperies

Les oiseaux que nous connaissons aujourd'hui sont-ils les descendants directs des dinosaures ou bien issus d'une branche parallèle ? Question épineuse qui apparemment ne tiendrait pas qu'à quelques plumes mais qui, de part une formation de biologiste, est développée de main de maître par Sissel-Jo Gazan.

À l'institut de biologie de Copenhague, on penche ouvertement pour la filiation entre les deux espèces. Le directeur du département du nom de Lars Helland est un homme brillant mais aux agissements de plus en plus étranges. Il est secondé par Erik Tybjerg, son parfait opposé aussi bien physiquement que mentalement.
À l'University of British Colombia du Canada, Clive Freeman campe fermement sur les positions inverses. De son point de vue d'ornithologue, il est carrément inenvisageable de voir les oiseaux comme le résultat de diverses mutations des dinosaures au fil du temps. Pourtant de récentes découvertes de squelettes fossilisés de dinosaures à plumes semblent prouver le contraire.
Helland et Freeman n'hésitent pas à opposer leurs théories respectives à coup d'articles dans les revues spécialisées ou dans des livres très documentés. Cette controverse scientifique va servir de base au mémoire d'Anna Bella, jeune chercheuse à l'Institut de Copenhague. Elle doit le présenter aux deux professeurs danois. La tâche lui parait ardue car elle ne veut pas simplement se contenter d'adopter leurs positions mais souhaite commencer par analyser la théorie plausible de l'ornithologue canadien afin de pouvoir la remettre vraiment en question.
Tout se complique lorsque Helland est retrouvé mort assis à son bureau avec pour dernière lecture ledit mémoire. Le décès n'arrange pas du tout ses affaires, elle qui devait passer sa soutenance deux semaines plus tard. S'ajoute un problème supplémentaire : Helland avait le corps infesté de plusieurs milliers de parasites. Anna, qui n'avait pas caché son aversion envers Helland, se retrouve suspectée par celui qu'elle a tout de suite baptisé le flic le plus chiant du monde, Søren Marhauge. Malgré l'agacement que le policier lui procure, elle va être amenée à collaborer plus ou moins volontairement car très vite un autre drame la toucher de près. Et ce climat d'homicides va avoir des répercussions dans sa vie personnelle car elle devra aussi trouver des réponses à des secrets au sein de sa propre famille.

La première particularité du roman de Sissel-Jo Gazan est l'intérêt qu'elle arrive à donner à tout l'aspect scientifique. Mais la force du livre ne réside pas tant dans l'énigme policière que dans les personnages qu'elle décrit de façon magistrale en dressant des portraits psychologiques forts et touchants. Elle dépeint longuement et avec subtilité toutes les blessures accumulées depuis l'enfance et dont ses protagonistes ont plus ou moins conscience sans en avoir parfois totalement connaissance. C'est dans tous ses secrets volontairement enfouis qu'elle place tous les rebondissements de son livre et qui donnent tant de profondeurs aux différentes histoires qui s'entremêlent.
Sissel-Jo Gazan réussit brillamment à nous emmener dans cette sombre introspection du monde du mensonge. Elle utilise de nombreux flashbacks pour ramener chaque personnage au moment où un grain de sable est venu enrailler son fragile développement. Et si la solution pour eux était la remise en question, plutôt que de rester figés dans les non-dits et les tromperies pour enfin en assumer les conséquences ? Elle développe l'idée qu'il faut apprendre à se libérer du passé pour affronter pleinement le présent.
À croire que l'être humain a le mensonge inscrit dans ses gênes et que malgré son évolution il ne sait pas faire sans et préfère plutôt souvent vivre mal avec.

Citation

Mais j'affronte malgré tout la chose la plus horrible que j'aie jamais vue. Et on dirait que ça retourne le couteau dans toutes mes plaies infectées. Ils mentent tous. Du moins la plupart. Ils mentent tous pour protéger quelque chose qui n'en vaut pas la peine. Quelque chose que d'après eux il faut tenir caché à tout prix

Rédacteur: Fabien Maurice dimanche 14 août 2011
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