L'Autre côté de l'ombre

Le premier geste de Samira, au moment où elle pénètre dans ce temple de l'instruction gaspillée comme perles aux cochons, est de dégrafer le voile sous son menton et de l'enlever avec ce soulagement qui évoque celui de l'innocent à qui l'on ôte les menottes.
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samedi 17 février

Contenu

Roman - Policier

L'Autre côté de l'ombre

Procédure MAJ dimanche 28 octobre 2012

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 8,6 €

Graham Hurley
The Price of Darkness - 2008
Traduit de l'anglais par Philippe Loubat-Delranc
Paris : Folio, mai 2011
624 p. ; 17 x 11 cm
ISBN 978-2-07-044506-6
Coll. "Policier", 673

Corbeau anglais

Quiconque a vu Le Corbeau, film de Henri-Georges Clouzot, se souvient de cette admirable scène où le personnage prend une ampoule et la projette d'avant en arrière, faisant jaillir la lumière ou rejetant dans l'ombre tel élément du décor, pour symboliser la frontière fluctuante entre le Bien et le Mal. Graham Hurley est un auteur qui a élaboré une série autour de l'inspecteur Joe Faraday, une série profondément marquée par l'école procédurière anglaise où l'on suit les policiers dans leur travail d'équipe, lorsqu'ils affrontent le lent cheminement vers la vérité. Ce jeu d'ombre et de lumière, Graham Hurley l'exploite de manière subtile dans L'Autre côté de l'ombre, huitième volume de la série.

Dans un premier temps, le lecteur assiste aux trajectoire opposées de deux policiers. Joe Faraday est humble, croit à la police, à la vertu. Peut-être est-ce parce qu'il est amoureux, mais dans le même temps, il a fait le choix de ne pas faire passer son amie avant son travail. Il a également un fils dont tout laisse à penser que ses affaires sont louches. Il travaille méthodologiquement, recoupant les indices, visionnant les vidéos, revenant inlassablement sur les détails qui clochent. En fait, un peu à la façon du lieutenant Colombo. Face à lui, Paul Winter un ancien policier qui fonctionnait à l'intuition, souvent en porte à faux, et qui a été viré de la police pour une broutille. Il a tout de suite été engagé par le parrain local, un personnage haut en couleurs qui a décidé de faire de cette ville balnéaire anglaise un lieu touristique pour surfeurs.

Au centre du roman, deux enquêtes qui reviennent sur des faux-semblants avec un promoteur immobilier retrouvé assassiné dans sa garçonnière et l'assassinat d'un ministre en pleine rue. Dans le premier cas, se pose la question de la place de la femme. Sombre mais classique histoire de vengeance ? Avec en plus une maîtresse enceinte et une paternité à vérifier ? Enfin il y a le fait que l'on a du mal à croire qu'un promoteur immobilier puisse être un honnête homme alors peut-on débusquer des locataires floués par l'entreprise immobilière en quête d'une sanglante revanche ? Dans le second cas, la piste terroriste est explorée. Mais n'est-ce pas un peu trop simpliste, surtout à cette époque ?

Les deux enquêtes associées à la vie privée de Joe Faraday et les obligations de Paul Winter qui doit louvoyer entre ses anciens collègues qui le détestent et ses nouveaux associés qui se méfient sont autant d'occasions de présenter une Angleterre à la Ken Loach, où les pressions sociales, où les différences de classe, sont autant de manières de montrer à travers les démêlées des membres d'une petite ville une coupe en creux d'un pays. Même si les coupables sont découverts, il reste un goût amer dans la bouche, celui du gâchis des vies présentées, de l'époque qui massacre les humains, car comme le disait Henri-Georges Clouzot : "En voulant bloquer l'ampoule pour savoir où est le bien et le mal, la seule chose qui arrive c'est qu'on se brûle la main."

Citation

La retraite ? Plus question de déconner. Plus question de me casser le cul pour des gens qui m'entubent. Plus question de courir après des junkies débiles. Je vais te dire un truc sur mon métier : ça paie pas.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 13 juillet 2011
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