Des cadavres dans le placard suivi de Derrière les apparences

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Nouvelle - Noir

Des cadavres dans le placard suivi de Derrière les apparences

Social MAJ mardi 12 juillet 2011

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 14 €

Philippe Ayraud
Plombières-les-Bains : Ex æquo, novembre 2009
126 p. ; 20 x 13 cm
ISBN 978-2-35962-008-5

Y a pas d'bien à s'faire du mal...

S'il fallait tirer une leçon du recueil de nouvelles de Philippe Ayraud (Des cadavres dans le placard, suivi de Derrière les apparences), ce serait sans aucun doute la suivante : en termes de méchanceté, on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même...

Vous vous rappelez forcément l'héautontimorouménos de Baudelaire, la plaie et le couteau, le "bourreau de soi-même". Quel lycéen ne s'est pas arraché les cheveux pour ancrer dans son crâne (puis encrer sur sa copie) l'orthographe torturée de ce mot à rallonge ? (Je dois d'ailleurs avouer que j'ai dû aller revérifier...). L'héautontimorouménos, donc et ces vers : "Ne suis-je pas un faux accord / Dans la divine symphonie, / Grâce à la vorace Ironie / Qui me secoue et qui me mord ?"...
Car globalement, les héros d'Ayraud (désolé pour la répétition homophonique) n'ont besoin de personne pour se mettre dans la panade. Qu'ils soient les victimes de leur bêtise, de leur lâcheté, de leur incapacité à assumer leur quotidien, de leurs illusions, tous se retrouvent confrontés, à un moment ou à un autre, à eux-mêmes et n'ont guère d'autre choix, au final, que de s'attribuer la pleine paternité des malheurs qui leur tombent dessus.
Certains protagonistes sont rongés toute leur vie par une insupportable culpabilité ("Un train pour Terezin", "Les Silences du capitaine Duroc") ; d'autres sont rattrapés par les conséquences de leur vénalité ou de leur lubricité ("Le Détail qui tue", "P'tit chef") ; d'autres enfin sont tellement écrasés par le poids de leur vie quotidienne, conjugale, professionnelle, qu'ils n'envisagent plus d'autres solutions que le meurtre ou le suicide pour sortir de l'impasse ("Import", "Partie en laissant l'adresse"). Et même quand le contexte social pourrait les amener à s'engager dans des actions collectives porteuses d'espoir, ils optent toujours pour des solutions individuelles, aussi désespérées qu'inefficaces : ainsi ce soldat fusillé pour l'exemple, qui avait cru pouvoir s'échapper de l'enfer en se mutilant ("Et pour l'exemple") ; ou ce jeune homme qui, confronté à un régime autoritaire, choisit la fuite plutôt que la résistance ouverte ("La Frontière").
Les nouvelles de Philippe Ayraud sont écrites avec une fluidité – je dirais presque une légèreté – qui renforce à chaque fois, par effet de contraste, la dureté de la chute. L'intrigue flirte parfois avec la science fiction ("Perdre nos chaînes") ou avec le polar ("In vino veritas"), voire avec la critique sociale, mais l'unité est là car ses personnages ont tous une vraie personnalité, une vraie profondeur psychologique.
Tous, après avoir passé leur vie à se débattre avec leurs contradictions intimes atteignent, dans le livre, leur terminus, et ce n'est sans doute pas un hasard si la symbolique du voyage, du départ, du port, du train, etc., est si présente.
L'ambiance globale de ce recueil de nouvelles est donc bien noire, mais, paradoxalement, pleine d'humanité aussi, et l'on sent bien que plane, au dessus de l'ensemble, les ombres tutélaires d'auteurs tels que Simenon ou Daeninckx, deux belles plumes auxquelles Philippe Ayraud, grand amateur de romans noirs, adressent quelques clins d'yeux, à diverses occasions.

NdR - Le recueil comprend les nouvelles suivantes : Des cadavres dans les placards ("Un train pour Terezin", "Les Silences du capitaine Duroc", "Import" & "Et pour l'exemple") ; Derrière les apparences ("Perdre nos chaînes", "Le Détail qui tue", "Les Soupirs", "P'tit chef", "Charité bien ordonnée...", "In vino veritas", "Partie en laissant l'adresse" & "La Frontière").

Citation

Mon toubib m'avait sucré les benzodiazépines, m'envoyant me refaire une santé chez un lacanien bon teint, qui épluchait mes discours comme une ménagère ses patates.

Rédacteur: Stéphane Beau vendredi 08 juillet 2011
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