Avis de tempête sur Cordouan

Le bison de la nuit va rêver de toi, dit-il. Il marchera à tes côtés, tu entendras ses pas, son souffle. Tu sentiras sa sueur et il s'approchera si près de toi que tu pourras le toucher. Et quand il décidera de t'attaquer tu te réveilleras dans la prairie de la mort. Alors tu cesseras de faire le malin, pauvre con.
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dimanche 15 septembre

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Roman - Policier

Avis de tempête sur Cordouan

Historique - Assassinat MAJ lundi 20 juin 2011

Note accordée au livre: 5 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 6,9 €

Jean-Pierre Alaux
Paris : 10-18, juin 2011
240 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-264-05228-5
Coll. "Grands détectives", 4460

Séraphin et le phare.

Après Albi et le musée Toulouse-Lautrec, c'est le phare de Cordouan et une partie de la Saintonge qui servent de décors à l'enquête du cultivé et fin limier qu'est Séraphin Cantarel. Une intrigue habile, pleine de saveurs, menée avec minutie, sert de guide pour une visite érudite des décors.

Le récit commence sur les carrelets plantés au bord de l'estuaire de la Gironde où deux pêcheurs découvrent le cadavre d'un jeune homme. Séraphin Cantarel, pendant ce temps, loge à Saint-Palais-sur-Mer. Il est là, accompagné d'Hélène son épouse, pour évaluer les travaux nécessaires à la restauration du phare de Cordouan.
Théo a raté son train. Cantarel se rend seul sur le phare où il fait la connaissance de deux gardiens : Gildas Bargain et Eliaz Quéméret. Ce dernier a préparé la chapelle du phare où Killiam, son fils, doit se marier le lendemain. La navette du soir amène le commissaire Loïc Hervouette porteur de la nouvelle : le fils d'Eliaz a été retrouvé mort.
Théo a loué une chambre chez Margarita de Monterey, qui tient à lui faire partager ses souvenirs d'actrice et la vie d'antan de la station. La fiancée de Killiam a disparu. Cantarel et le commissaire doivent rester au phare, pour la nuit, alors qu'une tempête s'annonce.
Pendant ce temps, Hélène ravive ses souvenirs d'enfance avec la villa de sa défunte tante Léonie, maison que le propriétaire actuel ne veut pas vendre, d'après Margarita. Le curé de Talmont, un vieil ami de Séraphin, constate le vol d'un ex-voto, une maquette de frégate...

Jean-Pierre Alaux place, jusqu'alors, les enquêtes de son héros dans les années 1974-1975. Pour le présent roman, il situe l'action à la mort du président Pompidou. Séraphin suit avec intérêt l'évolution politique car son activité et les moyens dont il pourra disposer dépendent des ministres. L'auteur restitue parfaitement l'ambiance de cette époque, les dernières lueurs des "Trente Glorieuses" où les conditions de vie restaient encore douces. Il retrouve des détails oubliés de la vie de ce temps, de ces gestes anodins qui ressuscitent nombre de souvenirs.
Il met en scène, avec Séraphin Cantarel, un personnage étonnant, sorte d'Hercule Poirot, sans le titre de détective. Il est érudit, gourmand des bonnes choses de l'existence et a acquis la réputation : "... d'un homme qui a pour habitude de faire parler les murs !". Il est entouré d'Hélène, son épouse, qui sans être sur le terrain, possède l'art de synthétiser et le recul permettant une vue d'ensemble. L'auteur complète ce duo sans enfant avec un jeune homme, adjoint du Héros et considéré comme le fils de la famille.

Jean-Pierre Alaux qui a, par ailleurs, publié un livre sur le phare de Cordouan (Élitys) dont on fête en 2011 les quatre cents ans, fait de ce remarquable monument un des personnages centraux de son roman. Il donne, dans le cours de l'intrigue, nombre de détails sur l'histoire, la conception, l'évolution de celui qui a été surnommé "Le Versailles de la mer".
L'auteur joue également avec les registres de l'humour, mettant dans les dialogues, plus que dans les situations, de pétillantes remarques, des traits d'esprit.

Avis de tempête sur Cordouan conforte l'excellente impression laissée par Toulouse-Lautrec en rit encore, les deux romans étant culturellement enrichissants, plaisants à lire par une écriture fluide et une intrigue aux péripéties subtiles.

Citation

L'humidité, les vents, le sel rongeaient la pierre. Il suffisait de détailler les mascarons ornant les couronnes extérieures du premier et du second étage pour évaluer combien de soufflets séculaires ils avaient dû subir. Sur le fronton de la porte, Neptune avait perdu beaucoup de sa superbe. Dans leur grande versatilité, les dieux marins avaient-ils, eux aussi, abandonné Cordouan ?

Rédacteur: Serge Perraud mardi 14 juin 2011
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