Le Cimetière de Prague

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Roman - Insolite

Le Cimetière de Prague

Politique - Historique MAJ mercredi 18 mai 2011

Note accordée au livre: 6 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

Umberto Eco
Il Cimitero di Praga - 2010
Traduit de l'italien par Jean-Noël Schifano
Paris : Grasset, mars 2011
560 p. ; illustrations en noir & blanc ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-246-78389-3

L'histoire secrète du XIXe siècle !

À travers les journaux tenus, entre mars 1897 et décembre 1898, par trois individus, le Scripteur, le Narrateur et l'abbé Dalla Piccola, Umberto Eco retrace l'Histoire d'un XIXe siècle secret dans une succession des complots plus ou moins réels. Il en résulte un livre remarquable d'érudition, luxuriant, d'une opulence narrative et historique peu commune.

Parce que le capitaine Simon Simonini se réveille un matin en ayant oublié une journée, il entreprend de coucher ses souvenirs par écrit. Pour mieux se situer, il récapitule ce qu'il aime, ce qu'il hait et explicite ses avis. Dans la première catégorie, il ne sait mettre que la bonne cuisine. La seconde est plus fournie et tout le monde, ou presque, en prend pour son grade. On y trouve : les Juifs, les Allemands, les Français, les Italiens, les prêtres, les communistes, les Jésuites (les pires de tous), les femmes...
Il évoque alors son enfance, élevé par un grand-père qui lui inculque la haine des Juifs. Puis, dans le désordre, selon ses réminiscences, il raconte ses rencontres, récentes comme anciennes. Il relate les relations qui ont été déterminantes pour son parcours, depuis ce notaire qui lui donna les bases pour être le faussaire de talent qu'il est devenu, ses contacts avec les services secrets... Il dévoile son activité d'espion au profit des Piémontais, des Français, des Prussiens, et des Russes, les meurtres qu'il a été amené à commettre, une kyrielle de machinations, la fréquentation de charlatans, spirites, individus des bas-fonds.

Le Cimetière de Prague est un livre foisonnant qui s'appuie sur l'universalité de la haine et sur le mécanisme du complot, son corolaire. On découvre le cheminement et les modalités qui l'ont amené à l'écriture des Protocoles pragois, qui deviendront Les Protocoles des sages de Sion, son implication dans l'affaire Dreyfus, dans le Paris de la Commune, parmi les Carbonari...
Umberto Eco met en scène un univers traversé par des personnages authentiques, dont il reprend les paroles ou les actes, même si : "... par économie narrative, j'ai fait dire et faire à une seule personne (inventée) ce qui en réalité était dit ou fait par deux (historiquement réelles)".

Il brosse une étude de mœurs, faisant état de toutes les idées en circulation, propagées par le "gratin" d'une société versée dans l'ésotérisme, l'antisémitisme, l'anticléricalisme, et la Franc-maçonnerie. Il met en scène, avec justesse, nombre de personnages historiquement authentiques comme le fameux Léo Taxil, Édouard Drumont, Toussenel, Maurice Joly. Mais, il cite aussi un "Dr Froïde", le manifeste de "Marsh", Babette d'Interlaken (La Grande Vierge du communisme helvétique) le docteur Charcot.

Avec Le Cimetière de Prague, Umberto Eco, offre un hommage appuyé et enthousiaste au roman populaire, au roman d'aventures et d'action. Il se réfère régulièrement à Alexandre Dumas, dont Simonini est un fervent admirateur. Celui-ci, d'ailleurs, s'inspire, pour son activité de faussaire, de romans de l'auteur. Il cite également Eugène Sue. Umberto Eco a adapté son texte à l'esprit des romans du XIXe siècle, à la façon d'écrire, avec des phrases très longues, presque interminables. Il s'est immergé dans l'art de ces feuilletonistes célèbres et pousse l'hommage jusqu'à truffer son livre d'illustrations à la manière des anciens volumes.

Malgré la noirceur du thème, l'approche de sujets graves, l'auteur fait preuve d'humour distancié, d'ironie, voire de cynisme et porte, à travers ses personnages un regard perçant sur le monde et ses pantins. Il jongle entre premier et second degré avec les jugements péremptoires qu'il fait tenir à son personnage, les propos outranciers qu'il met dans la bouche de ses acteurs. Il émaille son récit d'images pertinentes prises dans le contexte de l'époque, comme, par exemple : "... corrompu autant que peut l'être un bagne entier". Il dénomme le chevalier Bianco, un des responsables des services d'État turinois. Bien que honnissant les jésuites, l'auteur use de formules que ces derniers ne renieraient pas comme : "... je ne produis pas de faux mais bien de nouvelles copies d'un document authentique qui a été perdu ou qui, par un banal incident, n'a jamais été produit, mais qui aurait pu et dû l'être".

La passion du capitaine étant la bonne chère, celui-ci évoque, bien sûr, dans ses mémoires ses recettes préférées, en donne le détail tant dans les ingrédients que dans la mise en œuvre de ceux-ci.

Le Cimetière de Prague est à la fois un roman feuilleton, un essai, un livre d'Histoire et un thriller dont une seule lecture ne peut laisser percevoir l'étendue de la richesse.

Citation

Moi j'ai toujours connu des personnes qui craignaient le complot de quelque ennemi occulte, les Juifs pour mon grand-père, les maçons pour les jésuites, les jésuites pour mon père garibaldien, les carbonari pour les rois de la moitié de l'Europe, le roi, manipulé par les prêtres, pour mes camarades mazziniens, les Illuminés de Bavière pour les polices d'une moitié du monde, et ainsi de suite...

Rédacteur: Serge Perraud mardi 17 mai 2011
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