Les Enquêtes de Monsieur Lecoq

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mardi 11 décembre

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Roman - Policier

Les Enquêtes de Monsieur Lecoq

Psychologique - Énigme - Faits divers MAJ jeudi 05 mai 2011

Note accordée au livre: 6 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 28 €

Émile Gaboriau
Thierry Chevrier (présentations & notes)
Paris : Omnibus, février 2011
1246 p. ; 20 x 13 cm
ISBN 978-2-258-08673-9

Le maître-enquêteur !

Qui de l'œuf ou de la poule ?... Cette question existentielle s'applique, avec la même acuité, au roman policier. Qui est le véritable père de ce genre littéraire ? Quel est le premier enquêteur qui, par sa seule capacité de raisonnement, par son jeu subtil de déduction, confond les pires crapules ?

Si tout le monde s'accorde à donner Edgar Allan Poe comme le précurseur en matière de nouvelles policières, la primauté est plus floue pour le romancier qui fit de son limier surdoué un héros récurrent. Même s'il n'est pas reconnu comme tel en France, Émile Gaboriau se dégage, sans conteste, comme le premier à avoir fait, d'abord du père Tabaret, dit Tirauclair, puis de Monsieur Lecoq, de véritables enquêteurs. En effet, ceux-ci progressent, pas à pas, dans une recherche qui, des lieux du meurtre, remonte dans le passé de la victime grâce à une suite de déductions s'appuyant sur un travail de prospection, l'observation du site et l'analyse des indices.

Monsieur Lecoq débute officiellement sa carrière le 14 septembre 1865, dans L'Affaire Lerouge, un feuilleton qui parait dans Le Pays. Il y tient, toutefois le rôle secondaire d'aide de camp de Gévrol, le chef de la police de Sûreté. Il semble n'avoir pour tâche que celle d'agacer son supérieur, voire de l'humilier. Il contredit ses affirmations en apportant les preuves, demande pourquoi le père Tirauclair n'est pas sur les lieux parce que : "Il est fort, le vieux mâtin !" explique-t-il au juge. Dans ce roman, l'auteur en dresse le portait suivant : "... un ancien repris de justice réconcilié avec les lois, un gaillard habile dans son métier, fin comme l'ambre, et jaloux de son chef qu'il jugeait médiocrement fort. On le nommait Lecoq".

La parution, dans Le Pays, un journal à tirage modeste et spécialisé, reste confidentielle. Il faut la perspicacité et l'opiniâtreté d'un ami d'enfance qui obtient la publication, quelques mois après, dans Le Soleil, pour déclencher un véritable engouement. Entre-temps, Émile Gaboriau s'était lancé dans la rédaction d'un nouveau livre Monsieur Lecoq. Mais devant le succès de L'Affaire Lerouge, le patron du journal le presse d'écrire un feuilleton dans le même style.
Émile Gaboriau abandonne son roman en cours pour Le Crime d'Orcival, (1866) avec Lecoq comme héros. Suivront Le Dossier 113, (1867) puis Les Esclaves de Paris (1867). C'est alors qu'il finira l'écriture de Monsieur Lecoq (1868) qui sera le point d'orgue de cet enquêteur hors pair, aux qualités surhumaines d'observation et de déduction.

Cependant, Lecoq n'est pas surgi du néant. Comme souvent, la création suit un chemin laborieux et inattendu. C'est la lecture de Jean Diable, un roman de Paul Féval, dont Gaboriau fut très proche, paru dans Le Siècle en 1862, qui sera un des faits déclencheurs. Dans ce livre, Féval met en scène le londonien Gregory Temple, l'auteur d'un traité, L'Art de découvrir les coupables, qui mène ses enquêtes en utilisant un tableau noir qu'il couvre de "calculs déductionnistes".

Monsieur Lecoq, dont on ne connaît pas le prénom, est présenté comme un ancien repris de justice et comme le fils d'une famille normande qui, à la disparition de ses parents doit abandonner son droit pour travailler. Il devient secrétaire du baron Moser, un astronome. C'est lui qui, devant ses capacités d'analyse le pousse à rejoindre la police. Lecoq, âgé de vingt-cinq à trente-cinq ans selon les romans, est de constitution vigoureuse. Il excelle dans l'art de la filature et du déguisement. Il aime se mesurer avec des criminels endurcis. Il est franc, loyal, intègre et désintéressé tout en étant très ambitieux. Ses rapports avec sa hiérarchie, avec les procédures conventionnelles de la police ne sont pas toujours faciles. Il n'hésite pas à utiliser les méthodes des voyous pour mieux les confondre.

Monsieur Lecoq a inspiré directement Conan Doyle pour son Sherlock Holmes. Ce personnage, et son créateur suscitent, chez les anglo-saxons, un intérêt certain. Ainsi, en 1932, Valentin William, le créateur de L'Homme au pied bot, s'étonnait que la France ne célèbre pas le centenaire de la naissance de Gaboriau car : "... il n'est pas un écrivain spécialisé, chez nous, qui ne connaisse presque par cœur L'Affaire Lerouge ou La Corde au cou".

La présente édition reprend dans l'ordre d'écriture trois enquêtes menées par Lecoq. Outre les romans, cet omnibus bénéficie d'un travail bibliographique remarquable signé par Thierry Chevrier. Il présente une biographie détaillée et passionnante d'Émile Gaboriau. Une fiche explicite le parcours éditorial de chaque livre, avec les reprises sous toutes les formes artistiques.

Une heureuse réédition pour faire redécouvrir l'un des plus grands détectives de la littérature policière. André Gide jugeait que Monsieur Lecoq était bien supérieur à Sherlock Holmes et Joseph Kessel avouait :"J'adore Gaboriau. C'est un bonhomme immense..."

Citation

C'était un garçon de vingt-cinq à vingt-six ans, presque imberbe, pâle, avec la lèvre rouge et d'abondants cheveux noirs ondés. Il était un peu petit, mais bien pris, et ses moindres mouvements trahissaient une vigueur peu commune.
En lui, d'ailleurs, rien de remarquable, sinon l'œil, qui selon sa volonté, étincelait ou s'éteignait comme le feu d'un phare à éclipses, et le nez, dont les ailes larges et charnues avaient une surprenante mobilité.

Rédacteur: Serge Perraud mercredi 04 mai 2011
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