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Roman - Noir

Une douce flamme

Historique - Tueur en série MAJ mercredi 24 novembre 2010

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Philip Kerr
A Quiet Flame - 2008
Traduit de l'anglais (Écosse) par Philippe Bonnet
Paris : Le Masque, juin 2010
432 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-7024-3433-8

Attention, risques de brûlures !

En juillet 1950, par un matin d'hiver, froid et humide, trois hommes débarquent dans le port de Buenos Aires, en provenance de Gènes. Sous les faux noms des passeports fournis par la Croix-Rouge, se dissimulent Adolf Eichmann, Herbert Kuhlmann et le narrateur, un médecin. Ils sont accueillis par Horst Fuldner, prénommé Carlos pour l'Argentine. En les emmenant vers leur planque provisoire, il décrit l'atmosphère qui règne dans le pays où l'antisémitisme reste vivace, ce qui rassure Eichmann. Après l'installation rapide, Carlos entraine le narrateur chez Perón, le président argentin. Ce dernier aime rencontrer les Allemands se réfugiant dans son pays, particulièrement les médecins. Le narrateur, au palais, voit arriver, avec étonnement, un homme en tenue de golfeur sur un scooter. Celui-ci parle couramment sa langue et évoque avec nostalgie ses séjours en Allemagne. Perón demande à l'un des deux hommes ayant pénétré dans la pièce, entretemps, avec Eva l'épouse du président, de trouver un travail pour ce médecin. Mis en confiance, celui-ci décide de révéler son identité. Il se nomme Bernhard Gunther. En 1939, il était policier à la brigade des homicides de Berlin. L'un des hommes, qui se présente comme le colonel Montalbán reconnaît l'inspecteur et lui avoue qu'il est à l'origine de sa vocation de policier. Quelques semaines plus tard, Gunther se fait "piéger" par Montalbán qui l'amène à travailler pour lui. Le corps d'une jeune Germano-Argentine a été découvert, amputé de tous ses organes reproducteurs. Une seconde jeune fille, celle d'un banquier intime avec Perón, a disparu. Montalbán a fait le rapprochement avec une affaire similaire, traitée par Bernhard, à Berlin en 1932, enquête où l'assassin qui court toujours peut s'être réfugié en Argentine.

Avec Une douce flamme, Philip Kerr propose un cinquième volet des enquêtes de Bernhard "Bernie" Gunther. L'action fait suite à celle de La  Mort, entre autres où l'auteur relatait les démêlés de Gunther avec le docteur Gruen et les circonstances qui l'ont amené à fuir vers l'Argentine. Il dresse de son personnage un portrait saisissant, sur ses méthodes et son état d'esprit. Il en fait un être libre de toutes obédiences politiques, traquant les criminels par goût de la justice et du respect du droit.
L'intrigue se partage entre le Buenos Aires de 1950 et le Berlin de 1932. L'auteur invite le lecteur à suivre les deux enquêtes menées par le détective pour tenter de découvrir le ou les meurtriers qui mutilent les corps de jeunes filles, à dix-huit ans d'écart. Philip Kerr dépeint l'Argentine de Juan et Eva Perón et les relations qu'ils ont entretenues avec le régime nazi, puis avec les dignitaires réfugiés. L'auteur revient également sur le Berlin du début des années 1930 avec ses milieux interlopes, son climat de violences politiques et de corruption. L'auteur se livre à une analyse approfondie du comportement de certains humains dans ces périodes, décryptant des faits pour étayer des hypothèses tout à fait plausibles sur le comportement de meurtriers, sur les exutoires à leurs pulsions et les dérivatifs légaux à leurs psychoses. Ainsi, Gunther émet l'idée que : " ... beaucoup de psychopathes ont trouvé dans la SS et la Gestapo, un abri douillet en tant qu'assassins et tortionnaires patentés".
Mais comme à son habitude, Philip Kerr mène une intrigue aux ramifications multiples linéaire et qui réserve un lot conséquent de belles surprises jusqu'à un final éblouissant. Nombre de romanciers prennent pour décor l'Allemagne dans sa période précédant la chute de la République de Weimar. Ils décrivent une situation particulièrement dépravée et laissent transparaitre la prostitution comme la principale activité dans Berlin. Philip Kerr cite le chiffre de cent mille prostitué(e)s en 1932. Cependant, peu d'entre eux cherchent à expliquer la réalité de ces chiffres. Ils montrent la conséquence sans pointer l'origine d'une telle situation. La prostitution ne vit que par une clientèle. Si elle se développe c'est qu'une demande forte existe. Il serait intéressant de s'attacher à dépeindre ce volet, mettre en lumière la composition de ce chalandage, ses fondements et ses activités. Cela risque d'être encore moins ragoûtant !
Une douce flamme est un joyau littéraire supplémentaire à mettre à l'actif de Philip Kerr.

Citation

Laissez-moi poursuivre mon raisonnement. Vous admettrez également, j'espère, qu'un grand nombre de vos collègues de la SS prenaient plaisir à tuer ? Cela va de soi, n'est-ce pas ? Qu'un certain nombre de ces individus au sein de la SS étaient des psychopathes. Non ?

Rédacteur: Serge Perraud mardi 16 novembre 2010
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