La Mort à marée basse

En tant qu'État autonome, le Vatican est constitué d'un territoire, d'un peuple et d'un gouvernement. Ses citoyens sont ecclésiastiques ou laïcs selon qu'ils ont ou non prononcé les vœux. Certains habitent à l'intérieur des murs, d'autres en dehors, en territoire italien, et font la navette pour venir travailler, par exemple dans l'un des nombreux bureaux et ministères, en franchissant l'une des cinq 'portes' d'accès.
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Roman - Policier

La Mort à marée basse

Énigme MAJ lundi 08 novembre 2010

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Pieter Aspe
Dood Tij - 2000
Traduit du flamand (Belgique) par Emmanuèle Sandron, Marie Belina-Podgaetsky
Paris : Albin Michel, novembre 2010
304 p. ; 22 x 15 cm
ISBN 978-2-2262-1860-5
Une enquête du commissaire Van In, 7

Ce qu'il faut savoir sur la série

Pieter Aspe a signé, en 2008, la vingt-deuxième aventure du commissaire Van In. Ce personnage, iconoclaste, à l’humour caustique, avec ses désillusions et ses blessures, est le flic imparfait que ses faiblesses assumées à défaut d’être reconnues, rendent attachant. Les enquêtes qu’il mène dans Bruges et sa région le font évoluer entre luttes politiques et d’influence, prises d’intérêts, guerre entre police municipale et gendarmerie, et approcher les lourds secrets confinés entre les murs séculaires.

Et Van In se confronte au viol...

Une femme, à la merci d'un monstre, doit subir régulièrement ses assauts. Dans Bruges, Miriam et Steven ont fêté les résultats aux examens de fin d'année. Alors que Steven, qui n'a pas eu de bons résultats doit rentrer, la jeune fille, passablement éméchée, poursuit la fête et entre dans un nouveau bar... C'est dans le branle-bas du déménagement de son service que Van In doit instruire une affaire de viol. Avec Guido Versavel, pour des raisons différentes, ils sont bouleversés par ce crime. Miriam, la victime, est la fille d'Antoon Dobbelaere, l'huissier qui possède la principale étude de la ville. Ce dernier arrive en vociférant et n'entend pas laisser sa fille entre les mains de la police. Van In, qui a noté que la jeune fille avait un mouvement de recul face à son père, doit céder, il n'y a pas de plainte. Cependant, il entend bien coincer le salopard de violeur pour gommer un souvenir vieux de trente-deux ans. Toutefois, les deux enquêteurs doivent se mobiliser sur une nouvelle affaire de meurtre. Un homme a été retrouvé sur la plage de Zeebrugge, enterré vivant dans le sable à marée basse. Mais l'affaire se corse quand Beekman, son supérieur, lui annonce qu'il va devoir collaborer avec le commissaire adjoint Eddy Bultinck de la Police Judiciaire. Miriam, brutalisée par son père, est hospitalisée. Malgré des marques de strangulation, elle évoque une chute et confirme à Van In, venu lui rendre visite, qu'elle ne veut pas porter plainte pour le viol. Antoon commence à paniquer. Le viol de sa fille, le mort de la plage sont des alertes. Il retrouve des membres du petit groupe impliqué dans des affaires frauduleuses et Van In poursuit ses investigations coûte que coûte...
Pieter Aspe reprend, dans cette nouvelle enquête de son commissaire fétiche, une thématique similaire à celle de ses romans précédents. Il stigmatise la bourgeoisie, l'affairisme, les hommes politiques véreux. Il les implique dans des affaires sordides, les mêle à des opérations relevant du banditisme. Ceux-ci, comme dans la réalité, font jouer toutes leurs relations, utilisent tous les moyens pour étouffer les affaires et échapper à la découverte de leurs malversations ou de leurs crimes. Van In, qui a tout du "Chevalier Blanc" n'entend pas laisser impunis de tels délits et s'emploie, avec les moyens légaux et d'autres moins... convenables, à traquer les coupables et les faire condamner. Mais Pieter Aspe ne fait pas spécialement de son héros un être exemplaire. Van In, après quelques essais de sa compagne pour l'amener à une vie plus saine, a retrouvé ses habitudes d'épicurien, fumant, mangeant et buvant, à chaque occasion, force boissons très alcoolisées. Il aime les jolies femmes et ne sait pas résister à des manœuvres de séduction malgré quelques conséquences cuisantes. Mais son créateur sait le rendre si humain, avec ses faiblesses, ses doutes, ses interrogations, ses révoltes, ses coups de gueule et son insubordination qu'on ne peut que l'apprécier.
L'auteur aborde, également, nombre de problématiques et de faits de sociétés. Il multiplie les annotations sociétales et familiales. Le viol, et ses conséquences, révolte son héros, au point d'en faire une affaire personnelle entre lui et le criminel. Il évoque ces souvenirs de situations peu glorieuses, ces sentiments de culpabilité qui reviennent en mémoire et occupent tout l'espace au point que : "... il aurait vendu son âme au diable pour revenir en arrière et trouver le courage d'intervenir". L'auteur lance, de temps à autre, une remarque acide sur les architectes et leur incompétence. Il fait de multiples réflexions sur le vieillissement et sa cohorte de défaites. Il cite Victor Hugo, fait référence à Edgar Poe et aborde les multiples soucis familiaux. Et Pieter Aspe maitrise si bien l'art du récit, le sens de l'intrigue que La Mort à marée basse se dévore d'une traite. Et on en redemande !

Citation

Titulaire de la principale étude d'huissier de la ville, Antoon Dobbelaere appartenait au carré des plus grosses légumes du fertile potager brugeois...

Rédacteur: Serge Perraud mardi 02 novembre 2010
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