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Sean Doolittle : ouvert 24/24

Mercredi 13 octobre 2010 - Quand un livre comme Savemore, de Sean Doolittle, vous happe d'entrée de jeu, sec, nerveux, sans fioritures, plaçant les personnages et les lieux rapidement, vous pensez passer un bon moment, ce qui ne manque pas, et vous vous dites qu'il serait bon de poser quelques questions à l'auteur, dont acte.
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© D. R.



k-libre : Sean Doolittle, on vous découvre en France avec Savemore (The Cleanup en version originale), et on ne sait rien de vous. Sur votre site Internet, on n'en apprend pas plus, alors, accepteriez-vous nous dire quelques mots sur vous ? Ou faites-vous partie de ces auteurs qui pensent que seul les livres sont importants ?
Sean Doolittle : Je crois que seul le livre compte. Mais comme j'aime également en savoir plus sur les auteurs que j'apprécie, je ne demande qu'à parler de moi au cas où ça intéresse quelqu'un.

k-libre : Comme on ne sait rien de vous et qu'à la fin du livre, vous y remerciez votre chiropracteur, le docteur Mark Wurth... on se demande s'il ne vous serait pas arrivé un truc bien horrible comme ce que subit John Pospisil ?
Sean Doolittle : Ah ! Voilà une question inattendue ! Je n'ai pas vécu les mêmes malheurs que John Pospisil, mais pendant que j'écrivais Savemore, j'ai eu des douleurs dorsales et j'ai dû rester quelques temps cloué au lit (comme John P.). Cela m'a semblé approprié de remercier mon chiropracteur pour son aide dans le processus d'écriture (c'est-à-dire me tirer du lit pour m'installer devant mon bureau afin que je puisse travailler sur mon manuscrit, ce qui aurait été plus difficile dans mon lit, mon portable sur les genoux.)

k-libre : Sur votre site Internet on voit que vous avez – si je ne me trompe pas – publié cinq polars -, alors, questions basiques : qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ? Pourquoi du polar ? Et quels sont vos auteurs de prédilection ?
Sean Doolittle : Lorsque j'étais ado, c'est mon amour de la lecture qui m'a poussé à écrire. C'est assez banal, mais je voulais faire ressentir aux autres ce que les autres auteurs me faisaient ressentir. J'aime le polar parce que ce genre offre pas mal de possibilités, ainsi qu'une mécanique intégrée pour produire de la tension dramatique. On dit que tout bon drame requiert des conflits, et le crime est du conflit à l'état pur. Stephen King fut une de mes premières influences et reste un des écrivains que j'admire le plus. Dennis Lehane et Richard Russo vinrent plus tard.

k-libre : Dans votre bibliographie, on ne voit pas de nouvelles, ne serait-ce pas un genre qui vous attire ?
Sean Doolittle : Malheureusement, s'il n'y a pas de nouvelles dans ma bibliographie, c'est parce que je suis paresseux. C'est juste que je ne les y ai pas encore rajoutées. En réalité, j'ai commencé par la nouvelle, et en ai publié un bon nombre. Mon roman Savemore est né d'une d'entre elles.

k-libre : Comment est né ce roman et d'où est parti Matthew Worth ?
Sean Doolittle : Matthew Worth était le personnage principal de la nouvelle que j'ai mentionnée (qui s'appelait tout simplement "Worth"). Après que je l'aie terminée, le personnage m'est resté, et je voulais voir comment se conclurait son histoire. Et pour ça, j'ai dû écrire un roman !

k-libre : Avant de commencer à l'écrire, pour la construction, connaissiez-vous déjà le rebond final – dont nous ne parlerons pas pour préserver le plaisir du lecteur –, ou non ?
Sean Doolittle : Franchement, je n'avais pas ce "twist" final en tête (pas plus que les autres retournements du récit). Je ne suis pas très doué pour faire le synopsis d'un roman entier, même s'il m'arrive d'être persuadé du contraire. Pour moi, l'essentiel du processus d'écriture consiste à découvrir l'intrigue en cours de route.

k-libre : Question qui fera peut-être doublon, mais êtes-vous du genre à avoir un plan bien précis ou à laisser évoluer vos personnages eux-mêmes (par exemple la bagarre homérique incertaine entre Tony et Ray) ?
Sean Doolittle : Je suis plutôt du second type. Pour moi, les personnages SONT l'histoire. Mon travail consiste à faire preuve d'assez de patience pour les laisser me montrer comment elle doit se dérouler. Une de mes citations préférées sur l'écriture me vient d'E. L. Doctorow, qui a un jour déclaré — de mémoire — qu'écrire est comme de conduire dans le brouillard. Vos phares ne peuvent éclairer qu'une petite partie de la route. On ne peut voir sa destination, mais tant qu'on reste sur la route, on peut y arriver.

k-libre : Car, enfin, on ne peut s'empêcher de penser à ce que dit Gwen à un moment : "Si tu te fais prendre à mentir sur quelque chose de petit, il est beaucoup plus facile ensuite de mentir sur un gros truc. Les gens pensaient toujours qu'ils voyaient clair dans votre jeu."... Ça résume bien le métier d'écrivain, non ?
Sean Doolittle : Je crois, en effet. Et je suis content de vous entendre le formuler ainsi. D'une certaine façon, lorsque j'ai écrit cette réplique de Gwen, c'est à l'acte d'écrire que je pensais.

k-libre : C'est toujours un problème de se débarrasser des cadavres dans le polar, n'auriez-vous pas cédé à la facilité avec le frère qui a – justement – une casse et un incinérateur ?
Sean Doolittle : Tout à fait. Le personnage de Vince Worth, le frère aîné de Matthew, est typique du personnage qui naît de l'intrigue plutôt que l'inverse. Parfois, ça marche aussi.

k-libre : Le livre a croulé sous les prix (il a reçu en 2007 les prix Barry Award catégorie Best Paperback Original*, Nebraska Book Award Honor Book et Spinetingler Award, en tant qu'étoile montante et a été finaliste de l'Anthony Award, là aussi dans la catégorie Best Paperback Original ; en 2006 il avait été élu meilleur livre de l'année par les lecteurs de CrimeSpree Magazine), cela a-t-il changé votre carrière ? Et verra-t-on un jour ce livre adapté au cinéma ?
Sean Doolittle : Ces prix m'ont fait très plaisir et j'en suis fier. Je ne sais s'ils ont changé ma carrière, mais ils m'ont certainement offert une bonne dose de satisfaction personnelle. Une adaptation cinématographique est en cours : un scénariste-réalisateur de talent est en train de faire l'adaptation, si bien que je croise les doigts. J'adore le cinéma et j'aimerais bien voir cette histoire portée à l'écran.

k-libre : Et pour finir, a-t-on des chances de voir vos autres livres publiés en France ?
Sean Doolittle : Payot et Rivages ont acheté les droits de Rain Dogs. Je ne sais pas si la date de publication est déjà programmée, mais j'espère que vous le verrez bientôt. Merci, Christophe Dupuis, ce fut un plaisir et un honneur de m'entretenir avec vous. Merci pour votre soutien !

Propos aimablement traduits par Thomas Bauduret

* Aux États-Unis, les livres en grand format ont deux vies : la première, Hardback, à la couverture rigide ; la seconde, Paperback, à la couverture souple. Après, on les retrouve en poche.


Liens : Sean Doolittle | Savemore Propos recueillis par Christophe Dupuis

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