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Anne Holt : chronique de la haine peu ordinaire

Jeudi 17 mars 2011 - Anne Holt est une romancière norvégienne au parcours atypique. Avant de se lancer dans l'écriture, lesbienne assumée et mère convaincue, elle a été ministre de la justice de son pays. Aussi n'est-ce pas surprenant de la voir s'attaquer à un thème comme le crime gratuit dans Haine, un roman qui plonge ses lecteurs dans le grand froid entre la Norvège et les États-Unis. Une histoire somme toute à la fois sordide et banale. k-libre a rencontré l'auteur lors de son dernier passage à Paris. Une rencontre en toute simplicité, tasse de café à la main, au cours de laquelle elle s'est peu à peu confiée sur les raisons d'un tel sujet.
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© D. R.



k-libre : Anne Holt, qui êtes-vous exactement ?
Anne Holt : Je pense que je suis beaucoup de personnes en une seule. Un peu comme tout le monde en fait. Dans une certaine mesure, je me sens comme... c'est comme quand vous jetez une pierre dans l'eau, ça fait des cercles et je pense que les gens sont des cercles. Je suis une certaine personne quand je suis avec les personnes que j'aime : ma femme, mes parents, mon frère, ma famille, je suis un peu différente quand je suis avec mes amis, et enfin très différente quand je suis avec des gens que je ne connais pas. Je pense que l'un de nos vrais défis dans nos sociétés est que les jeunes gens pensent qu'ils devraient être les mêmes avec tout le monde. C'est un peu ce que promeuvent Facebook et Twitter. Ces réseaux sociaux et leurs clônes nous enferment dans un seul et même cercle. Il nous est alors impossible de nous cacher les uns des autres. Or je perçois bien l'importance de se cacher des autres. Je ne tiens pas à m'exposer en vrai à tout le monde. Je veux avoir de la valeur vis-à-vis de moi et des gens qui me sont proches. Donc, je n'ai pas vraiment de réponse à la question "Qui je suis ?". Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'évidemment ça dépend de l'endroit où je suis et avec qui je suis.

k-libre : Je vous posais cette question parce que vous avez eu plusieurs vies. Vous avez été avocate, vous avez travaillé avec la police, vous avez été journaliste... et maintenant ?
Anne Holt : Oui, mais ces choses sont toutes connectées entre elles. Je suis une personne très politique, j'ai des opinions très tranchée et je suis de plus en plus curieuse en vieillissant. Dans une certaine mesure, vous pouvez dire que toutes mes carrières sont l'expression de ma propre curiosité. Et écrire des livres, doit être la plus nette expression de ma curiosité parce qu'en écrivant simplement je peux apprendre. Écrire est devenu pour moi une source d'apprentissage. Ça me demande beaucoup de recherches d'écrire mes livres. Au moins en ce qui concerne quelques-uns d'entre eux. Pour Haine, par exemple, ça m'a pris un temps monstres passé à lire avant de seulement pouvoir commencer à écrire. Donc tout ce que j'ai fait dans ma vie a commencé avec ma propre curiosité.

k-libre : Est-ce que toutes vos expériences vous amènent à écrire des fictions policières ?
Anne Holt : Je suis beaucoup de personnes différentes. Je ne suis pas la même personne aujourd'hui que celle que j'étais hier. J'espère qu'il y a une certaine cohérence dans toutes mes personnalités, mais d'un autre côté, il me semble que je change. Du moins, quelque chose en moi change continuellement. J'ai toujours adoré lire... Quand j'étais journaliste, l'avantage était que j'apprenais beaucoup et que j'écrivais beaucoup, mais le revers de la médaille, c'était que je devais tout le temps dire la vérité. Or, j'adore mentir. Je suis même une menteuse professionnelle. Et quand j'ai commencé à écrire, je me suis sentie en quelque sorte détendue et soulagée de pouvoir mentir tout en gagnant ma vie avec tous ces mensonges !

k-libre : Quelle est votre définition du crime gratuit ?
Anne Holt : Je n'ai pas à proprement parler de définition, parce que je pense c'est vraiment très dur à définir. Plus je lis, plus je suis confuse. Je ne peux pas définir ces crimes gratuits, parce que... à mon sens le crime a toujours un but. Un criminel a toujours une idée de ce qu'il ou elle fait, mais quand un crime gratuit est commis, vous blessez quelqu'un non pas à cause réellement de lui, mais parce qu'il appartient à un groupe, une communauté. Ce groupe peut être constitué de femmes, de musulmans, d'homosexuels, mais dans le cas qui nous préoccupe, ce crime ne vise pas la personne en particulier. C'est quelque chose qui me fascine depuis très longtemps. Il y a quelques années, j'ai lu des articles concernant ce jeune homme des îles Fidji qui avait pris un congé avec ses amis en Californie. Il était gay, mais ses camarades ne l'étaient pas. Parmi eux, il y avais une fille très enceinte et ils étaient en train de déjeuner dans un restaurant californien. Un déjeuner très paisible et très sobre. C'est alors qu'est arrivé un groupe de jeunes immigrants russes qui s'étaient installés en Californie. Et ce sont des radicaux orthodoxes. Ils ont aperçu ce gars assis avec ses amis pour le déjeuner, qui avait tout de l'homosexuel dans son apparence, et ont soudainement décidé de le tuer. Ils l'ont tué, comme ça. Ils ne l'avaient jamais vu auparavant. C'était choquant en soi, mais c'était d'autant plus choquant que l'Église à laquelle ils appartenaient n'a pas fait de déclaration contre leur acte. J'ai donc lu cet article il y a quelques années. C'est l'époque où j'ai commencé à vraiment fouiller ce genre de crimes. Et ce qui est étrange c'est que lorsque Haine est sorti en Norvège, deux semaines avant sa parution, il y a eu le meurtre d'un homosexuel dans un quartier gay de Rome, simplement parce qu'il était là au mauvais moment. Ses assassins ne le connaissaient même pas. Deux semaines après sa parution, il y a eu le même genre d'incidents à Tel-Aviv. On peut donc affirmer sans trop de doutes, que c'est un problème universel. Ce que je fais dans ce livre c'est d'essayer de regarder ce qui se passe quand ce genre de cd'actes est vraiment organisé. Et j'ai vraiment été choquée quand j'ai commencé à étudier ce phénomène est plutôt important aux États-Unis. Quand j'en ai parlé à mes amis américain avant d'écrire le roman, que je leur ai demandé s'ils savaient ce qu'étaient ces "head groups", ils m'ont simplement demandé ce que c'était puis si ça existait réellement. Ce genre de groupe n'existe pas. Je leur ai simplement rétorqué que ça correspondait exactement à la définition du K.K.K. Ce qui est dingue, c'est que vous avez des "Head Groups" de "White Supremacy Guy", qui détestent les noirs et/ou les juifs. Et puis, vous avez des juifs qui détestent les musulmans, des musulmans qui détestent les blancs ou les chrétiens ou les juifs. Mais la seule chose qu'ils ont en commun, c'est qu'ils détestent tous les homosexuels. Donc ce que j'ai constater c'est que quelques uns de ces groupes même s'ils se détestent entre eux, peuvent se retrouver sur un terrain égalitaire pour détester les homosexuels. C'était donc de là qu'est partie l'écriture de ce livre.

k-libre : Je suis sûr que vous vous souvenez de La Nuit du chasseur. Avec ces mains et ces tatouages "Love" et "Hate" écrits sur les phalanges. L'amour peut conduire à la haine mais l'inverse est-il vrai ?
Anne Holt : Je ne sais pas. Je pense que la vraie haine exclut toute sorte d'autres sentiments. L'amour peut se transformer en haine, mais je ne crois pas que la haine puisse se muer en amour. Si vous laissez jamais la vraie haine prendre place dans votre vie, vous avez fait quelque chose de vraiment destructeur avec votre âme. Je suis très contente de dire que je n'ai jamais détesté quelqu'un de toute ma vie. J'ai vraiment rompu les pontes avec certaines personnes mais je n'ai jamais détesté qui que ce soit. La haine est une force trop forte. C'est vraiment surprenant parce que quand vous lisez un livre, que vous regardez la télévision ou que vous écoutez la radio, l'actualité est toujours liée au livre que vous écrivez. Et ce matin, il y avait un sujet sur la 4 disant qu'il y avait une opposition entre l'Occident et les autres pays et ils disaient qu'il y avait de plus en plus d'extrémismes dans les pays musulmans qu'en Occident et en particulier en Europe, où il y avait quelque chose de plus pacifique entre toutes les religions et dans la manière de vivre ensemble. Au regard de l'Histoire, les religions ont été capable de vivre avec les autres. Quand Saladin a pris Jérusalem, il y a eu la paix pendant de nombreuses années. C'est exactement la même chose avec l'Espagne. C'est donc possible. Mais ce n'est pas possible sans un authentique respect envers les autres. J'en apprendrai jamais assez là-dessus. C'est sûr.

k-libre : Vous parlez de l'alliance implicite des principales religions contre le mariage homosexuel. Qu'en est-il en Norvège ?
Anne Holt : Il ne s'agit pas nécessairement d'une alliance des principales religions. Dans mon cas, il ne s'agit pas tant des catholiques que des luthériens orthodoxes. La Norvège est un pays luthérien. Le débat en Norvège concernant le débat en Norvège concernant la légalisation du mariage homosexuel a été rude, mais finalement a eu une bonne conclusion  c'est admis dans les textes. J'ai vu des gens, pas spécialement extrêmes, mais des gens profondément religieux qui ont été choqués de voir ça. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi est-ce que l'idée du mariage homosexuek choque autant les gens. Pourquoi cela provoque-t-il quelque chose de l'ordre de la haine alors qu'objectivement cela ne les dérange pas. En tant que mariée homosexuelle, je ne suis pas dans leur maison, je ne fréquente pas leurs restaurants, je ne les vois pas. Alors, pourquoi sont-ils si choqués ? Évidemment, les droits des homosexuels sont au centre d'un vaste débat, et pas seulement électoral. En ce moment d'ailleurs, il se déroule aussi aux États-Unis. k-libre : Dans votre roman, l'homosexualité et l'enfance sont deux sujets importants, quelle est justement la place des homosexuels dans votre pays ?
Anne Holt : Légalement ils sont totalement égaux. On a promulgué cette nouvelle loi il y a deux ans. Avant ça, on a eu pendant dix ans une loi qui les rendaient presque égaux. Maintenant, ils le sont entièrement. Quand on s'attaque à ce qui peut développer chez les gens des réactions épidermique, on a toujours l'assurance d'avoir un long chemin à parcourir. Mais, je vis dans une grande ville, alors je n'ai jamais ressenti de sentiments négatifs ou des déchaînements de qui que ce soit comme cela peut l'être ailleurs. Car il y a un engagement profonds dans les communautés. Il y a dix ou quinze ans on a eu un baby-boom parmi les lesbiennes, et maintenant c'est la même chose pour les couples gays. Tous veulent des enfants. De mon point de vue, dans dix ou quinze ans, ce sera considéré comme totalement normal, ancré dans les mœurs.

k-libre : Quelle est la place d'un enfant dans une famille dont les parents sont homosexuels ?
Anne Holt : Exactement la même que dans une famille hétérosexuelle. Vous voulez élever une famille, avoir des petits-enfants, vous voulez aimer quelqu'un inconditionnellement... Vous voulez exactement les mêmes choses. Et vous donnez exactement les mêmes choses...

k-libre : Quel est votre point de vue sur l'avortement ? Votre personnage, l'évêque Eva Karin Lysgaard, que l'on retrouve assassinée au début de votre roman est plus libre d'esprit qu'il n'y parait au premier abord. Loin d'un certain manichéisme.
Anne Holt : Je suis particulièrement fascinée par cette femme. J'habite dans un pays où l'avortement est un droit. Et chaque femme peut décider seule avant douze semaines d'avorter ou non. Et je pense qu'avoir le choix d'avorter est une chose merveilleuse. Sinon, les alternatives sont pires. Les alternatives c'est de demander à quelqu'un d'autre dans la clandestinité de vous avorter ou c'est quand de le faire vous-même chez vous et de prendre le risque d'effectuer un réel carnage, de mourir. C'est terrible, c'est un véritable retour en arrière. Donc je suis pour que les femmes décident d'avorter ou pas elles-mêmes. D'un autre côté, je suis profondément opposée à ce que l'avortement devienne la solution de facilité. Parce que ce n'est pas une question facile. C'est une question très éthique. Et les débats autour de l'avortement devraient être pérennes. Nous ne devrions pas en rester là à nous dire que maintenant que nous avons depuis trente ans l'avortement, il a fait ses preuves, il marche. Parce que ça ne marche pas. Parce que nous avons trop d'avortements. Un avortement, c'est un de trop. Je pense que la question de l'avortement est très très complexe. Je suis en quelque sorte triste, désolée que nous ne le remettions plus en cause. On le prend comme un acquis. Et maintenant, nous avons aussi des pillules pour avorter qui rendent ça encore plus simple. C'est peut-être une bonne idée, mais je refuse d'accepter l'idée que c'est une bonne idée avant d'en avoir débattu. Parce que c'est un dilemme éthique. Et moi, en tant que non-croyante, profondément athée, je vois ça, je vois ce que les chrétiens peuvent ressentir parce que c'est un problème moral énorme. Mais encore une fois, sans pour autant avoir de réponses claires. Selon moi, j'essaie de soulever des questions plus que de donner des réponses. Et en essayant de créer ce genre de questions, j'essaie en quelque sorte de décrire ce qui passe par la tête des gens. Je pense par exemple qu'elle est très gentillle, très bonne,avec un bon cœur.

k-libre : Quelle est exactement la maladie de Christiane ?
Anne Holt : En fait, il s'agit du quatrième roman dans lequel Christiane apparaît. Dans le premier, Une erreur judiciaire, il est dit qu'elle n'a jamais vraiment eu de diagnostic. Je pense qu'elle a un problème qui ressemble à de l'autisme. Une sorte d'autisme. J'ai beaucoup lu au sujet de l'autisme. J'ai été en contact avec des adultes autistes pour essayer de saisir ce diagnostic très vague. Parce que c'est un diagnostic très vague. Vous avez de tout, du très atteint au moins atteint. Je pense que ce n'est pas important pour le livre de lui donner un diagnostic. Quand je l'ai imaginée dans le premier roman, je voulais essayer de décrire la vulnérabilité, et ce sentiment apparent quand vous avez un enfant infirme. J'ai toujours pensé après avoir eu mes premiers enfants qu'on ne pouvait jamais aimer plus que ses propres enfants : c'est l'amour le plus pur. Le seule chose qui aurait pu me faire les aimer encore plus, ça aurait été d'avoir des enfants handicapés parce qu'ils sont encore plus vulnérables. La plus granede peur de Christiane, c'est qu'elle ne pourra pas être là pour aider son enfant. Et construire un détective avec ce genre de vulnérabilité est très stimulant et, je le pense aussi, très efficace. Il y a quelques années, il me semble que c'était après mon deuxième roman de la série "Une enquête de Vik et Stubo", j'ai reçu un e-mail très intéressant d'une jeune Suédoise. Elle était autiste, suivait un master en littérature et son sujet de master concernait les autistes dans la littérature nordique. Après avoir lu les deux premiers livres, elle m'a dit qu'elle avait l'impression de lire sur elle quand elle était petite. Et là j'ai eu l'idée de faire de cette enfant le centre de mon livre. J'adore cette fille, je pense qu'elle est réellement fascinante.

k-libre : Mais dans votre livre, tout le monde l'adore. Même à l'école, son propre professeur.
Anne Holt : Oui. J'ai d'ailleurs rencontré des enfants comme ça. Ce sont des enfants fascinants. Des enfants que vous ne pouvez pas comprendre, parce qu'en tant qu'adulte quand vous rencontrez un enfant vous avez des moyens de le comprendre, très rapidement, c'est-à-dire pour des enfants "normaux", et j'aime ça. Mais le plus fascinant c'est de rencontrer des enfants que vous ne comprenez pas. Je ne peux pas les saisir. Et je pense qu'elle en fait partie. J'aimerais beaucoup la rencontrer dans la vraie vie.

k-libre : Et vous parlez de sa place dans la société. Même elle a une bonne question : qu'est-ce qu'elle va faire après le décès de sa mère ?
Anne Holt : Je pense que tous les parents avec un enfant "à part" ressentent cette peur. Elles ont une conversation à ce sujet dans le livre parce qu'elle réalise ça. Je ne sais pas. Peut-être sera-t-elle bien, peut-être qu'elle tracera sa route seule. Elle a beaucoup de ressources. Elle a une petite sœur qui va évidemment prendre soin d'elle. De beaucoup de façons, c'est une fille très intelligente. Si la société s'adapte à sa vie comme le fait l'école, elle pourrait alors être capable de travailler et de mener sa vie elle-même. Elle pourrait même peut-être rencontrer l'amour. Je ne sais pas.

k-libre : Comme son père, elle est surprotégée par sa mère.
Anne Holt : Oui. Et dans le premier roman, ils se disputent à ce sujet. Il dit : "Laisse-la vivre. Elle est forte et peut gérer." Et la mère la surprotège tout le temps. Je pense d'ailleurs que c'est l'une des raisons pour lesquels ils divorcent. Ils n'arrivent pas à s'entendre sur la manière de l'élever.

k-libre : Pour en revenir à votre écriture, elle est très cinématographique.
Anne Holt : Oui. Je pense que ce que les écrivains peuvent le plus apprendre en regardant des films, c'est l'efficacité parce que une heure trente d'images doivent être plus bien plus efficace que ce que vous pouvez faire en six cents cinquante pages d'écrits. Parfois, mon expérience d'un film peut être détruite seulement parce que je me lève. Je regarde en arrière et je me demande ce que le réalisateur a fait ou voulu faire, et je regarde les coupes et je suis fascinée de voir comment les films sont montés parce qu'il y a toujours une conversation derrière chaque coupe. C'était ce à quoi je pensais quand j'ai écrit ce livre. J'ai essayé de voir si ça marcherait. Si ça ne marchait pas, j'aurais changé. Mais j'ai senti que ce serait la meilleure chose à faire. Et ce sera aussi un film donc... Toute la série sera adaptée en films. Il y en aura six.

k-libre : Vous vous attachez à bien décrire vos personnages dans le détail. En quoi est-ce important pour vous ?
Anne Holt : Je veux avant tout les rendre vivants. En quelque sorte les dépeindre. Ma plus grande peur est de créer un personnage uni- ou bi-dimensionnel. Je les veux tri-dimensionnels, je veux de la profondeur afin que les gens les connaissent en quelque sorte. Dans quelques chapitres, j'ai juste consacré quelques lignes à faire ça parce que certains personnages ne sont pas très présents dans l'histoire, mais ils sont néanmoins importants.

k-libre : J'étais un peu effrayé de voir tellement de personnages, tellement d'informations à digérer... Vous n'avez pas peur de perdre des lecteurs ?
Anne Holt : Non, c'est un livre stimulant même s'il n'est pas vraiment facile à lire. Quand j'ai commencé à être écrivain, mon éditeur m'a dit un truc concernant mon écriture : "crois au lecteur". Et j'ai choisi, pour chaque livre que j'ai écrit après ça, de croire en mon lecteur. J'ai cru que le livre serait lu et que le lecteur serait capable de suivre l'histoire même si elle est plutôt complexe longue. Je n'ai pas l'habitude d'écrire des romans aussi épais. Tout dans le monde gagne à être raccourci. Ce livre a d'ailleurs été beaucoup coupé d'une bonne centaine de pages. Si je perds des lecteurs, c'est triste, mais c'est la manière dont cette histoire doit être racontée.

k-libre : Comment en êtes-vous arrivés à écrire de la littérature policière ?
Anne Holt : Vous connaissez le couple suédois formé par Maj Sjöwall et Per Wahlöö qui a écrit la fresque littéraire "Romans d'un crime" de 1965 à 1975. Je pense qu'ils ont trouvé un nouveau type de littérature policière. Quand ils sont arrivés avec des intrigues criminelles novatrices et acceptables, ils ont été unanimement acclamés. Le genre policier a alors gagné ses lettres de noblesse : on pouvait le lire et surtout l'écrire. Dans les années 1970 et 1980, une quantité d'écrivains déjà reconnus ont dont commencé à écrire des polars. Pour faire de la bonne musique, il faut beaucoup de groupes pour en dénoter deux de bons. En littérature c'est exactement la même chose. vous aurez beaucoup d'auteurs pour écrire des polars, mais seulement quelques-uns seront vraiment bons.

k-libre : Comment expliquez-vous le succès des auteurs nordiques dans la littérature scandinave ?
Anne Holt : Nous ne sommes pas si nombreux en Norvège, mais nous sommes plutôt reconnus. La population atteint presque les quinze millions de personnes. Il y a peut-être vingt romanciers qui rencontrent un certain succès à l'étranger. Sur quinze millions d'habitants, ce n'est pas si important. Mais nous rencontrons le succès parce qu'avec nos "petites" langues nous bénéficions du soutien de nos gouvernements quand il s'agit de promouvoir la littérature à l'étranger. En Norvège, nous avons aussi des programmes scolaires bien orientés. De plus, nous n'avons pas de taxes sur les livres. Le gouvernement a facilité les choses, pas pour que nous puissions vivre de notre écriture, mais que nous puissions débuter dans les meilleurs conditions. Tous les ans, il sort environ deux cent cinquante romans dont une trentaine de polars. Seulement sept ou huit écrivains peuvent en vivre. Les autres ont un autre travail.

Propos aimablement traduits par Jawaher Aka.


Liens : Anne Holt | Haine Propos recueillis par Julien Védrenne

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