k-libre - en marge - Une pluie sans fin

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samedi 20 octobre

Contenu

Film - Noir

Une pluie sans fin

Social - Tueur en série - Urbain MAJ jeudi 02 août 2018

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 10 €

Dong Yue
Bao xue jiang zhi - 2017
Paris : Wild Bunch, juillet 2018

Épris de justice

Dès le début d'Une pluie sans fin, le spectateur sait qu'avec Yu Guowei il a devant ses yeux un personnage de film noir désabusé et déchu, quadragénaire banal en recherche de son moment de gloire. Ce dernier sort de prison après plus de dix ans d'incarcération et découvre un peu abasourdi la Chine qui s'est éveillée au capitalisme. S'ensuit un long flashback qui revient sur les raisons d'un drame que l'on aurait pu pressentir, dans le Hunan, en 1997, une région industrielle déshumanisée au service d'un essor qui a vaincu les rêves du Grand Timonier. Yu Guowei est vigile dans l'une des trois usines qui se font face. Ses supérieurs voient en lui un ouvrier modèle et incorruptible (le final remettra en perspective cet aspect). Les ouvriers le surnomment Détective Wu (allusion au Détective Dee de la Chine impériale ?). Lui-même se croit porteur du don de la détection, comme un Sherlock Holmes qui ne s'ignore pas. Aussi, n'est-il pas peu fier quand – sous une pluie torrentielle qui n'en finit pas et n'en finira que difficilement –, aux manettes d'un side-car qui tombe en panne, il se rend sur les lieux d'un crime sordide : celui d'une jeune femme, troisième victime d'un tueur en série. Là, il fait la rencontre de l'officier Zang (Du Yuan au visage impassible), qui devrait déjà être à la retraite, et qui pourrait être son mentor. Car Yu Guowei n'a qu'un seul rêve : celui d'intégrer les forces de police. Avec son assistant de l'usine, ils font leur cette enquête, et l'on assiste alors à l'enchainement des situations qui vont conduire un homme à devenir peut-être pire que la proie qu'il pourchasse.



Une pluie sans fin est le premier film (noir) du Chinois Dong Yue. Il surprend par son scénario implacable à la maîtrise elle aussi implacable, et par la qualité d'une image de la Chine polluée et pluvieuse d'où ne peut naître aucun espoir. Pourtant dans une ville où la solitude se croise à chaque croisement de rue, où les maigres moments de complicité ont lieu sur une piste de danse en compagnie d'une prostituée dans une atmosphère glauque amplifiée par une musique kitsch et langoureuse, Yu Guowei pourrait être heureux. Son amour platonique pour Yanzi permet à cette dernière de se sortir d'une mauvaise passe et de se retrouver en possession d'un petit salon de coiffure. Mais Yu Guowei joue sur deux tableaux, et parce qu'il n'ose pas affronter ses sentiments et qu'il leur préfère son ego, il détruira Yanzi (Jian Yiyan, troublante de sincérité et de désespoir) et ses illusions au cours d'une scène, assurément la plus émouvante d'un film noir et social qui dresse un constat terrifiant et amer sur la solitude dans un pays qui est l'un des plus peuplés du monde et qui de tous temps avait placé l'individu au sein de la famille et de la société. La fin est à l'image de ce que cherche à montrer le réalisateur, et se conclue métaphoriquement par l'interrogation "Tout ça pour ça ?", et plonge Yu Guowei dans les affres culpabilisantes du fatum. Le film noir chinois a de beaux jours devant lui...

Rédacteur: Julien Védrenne jeudi 02 août 2018
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